Vivre des liens de réciprocité

La compréhension de la Mission a toujours besoin d'être actualisée. Raison d'être de l'Église, la Mission concerne tous les croyants et croyantes, où que ce soit dans le monde. Pour se concrétiser dans le Peuple de Dieu, la mission de Jésus s'incarne dans des personnes, laïques ou religieuses, qui reçoivent un appel particulier et un envoi missionnaire, en Église universelle.

Comme Institut religieux à charisme missionnaire, nous apprenons à partager l'intégralité de ce don avec des homologues laïques. S'engager dans la Mission nous confronte aujourd'hui plus que jamais à un monde de spiritualités et de religions qui s'expriment partout en voisinant la foi catholique. Dans une humanité repue de matérialisme à la grandeur de la planète, la soif de spiritualité a besoin de s'assouvir aux eaux vives de la foi. Des laïques bien préparé-es sont en mesure, autant que des MIC, de vivre la Mission àl'étranger, en donnant un témoignage complémentaire, au nom de leur foi en Jésus Christ, et en communauté chrétienne. Vocation spéciale, celle du « laïcat missionnaire » nous convoque à vivre des liens de réciprocité en nous faisant confiance comme Institut et en acceptant de comprendre la mission autrement… dans un émerveillement propre à l'action de grâces.

Témoignage de Thierry

Effectivement nous avons vécu un projet missionnaire en famille, un rêve que Christine, mon épouse, et moi portions depuis fort longtemps mais qui, après moins de trois ans de préparation et de détermination, est devenu réalité. La détermination, nous en avions besoin, car beaucoup de portes se refermaient quand nous disions que nous étions un couple avec trois ados ou préadolescents.

Les MIC nous ont ouvert leur porte, et en grand à part ça. Nous avons eu droit à tout un accueil pour notre formation au PIFM à Montréal, dans les préparatifs et l'envoi en mission, puis à l'aéroport de Cochabamba en Bolivie et finalement à l'Institut d'Éducation Rurale (IER) où les soeurs et les gens sur place nous avaient préparé une petite maison chaleureuse.

Cela nous permettait d'avoir notre intimité familiale, tout en étant sur le site de la communauté. Et en partageant nos repas avec les religieuses, nous vivions réellement dans une belle grande famille élargie. Nous avons toujours ressenti une confiance totale, un respect mutuel et une complémentarité laïques-religieuses.

Nous avons pu apporter notre savoir-faire (Christine comme travailleuse sociale et moi comme informaticien) à travers différents projets dont le principal était de monter une salle et un cours d'initiation à l'Informatique. Malgré l'absence de la subvention sur laquelle nous misions pour réaliser ce projet, nous avons réussi à monter une salle de 10 ordinateurs, tout équipée et meublée, pour recevoir des groupes de 20 élèves ayant accès à l'Internet de façon sécuritaire, grâce à un serveur de communication centralisé.

Chaque difficulté financière, administrative ou technique trouvait sa solution. Le programme de formation de techniciennes en informatique fonctionne maintenant depuis février avec 21 étudiantes provenant de tous les coins de la Bolivie. Il reste à développer le côté apprentissage de la gestion à ce programme pour qu'il soit pleinement efficace dans le milieu rural où nous aimerions que les jeunes femmes retournent travailler.

Échange bénéfique

L'échange culturel a été certainement bénéfique à bien des niveaux. J'espère que nos enfants ont réalisé la chance qu'ils ont de recevoir une éducation et de vivre dans des conditions qui ne sont pas prises pour acquis par tout le monde. Le fait de vivre avec des religieuses nous a permis de démystifier les préjugés que l'on pourrait avoir de communautés austères recluses sur elles-mêmes. Les MIC nous ont montré un esprit ouvert à la fête, beaucoup d'humour, de tolérance et le souci des exclus de la société. Elles ont développé chez nous l'action de grâces, le partage et la confiance en la Providence.

Réciprocié constructive

La présence d'une famille au sein de la communauté a montré aux jeunes femmes que nous pouvons vivre l'engagement religieux et l'engagement familial selon nos aspirations. La pratique religieuse comme laïque peut aller au-delà d'une heure par semaine à l'église. Certaines avaient vécu ou étaient témoins de relations homme-femme très négatives. J'espère que nous leur avons présenté un autre modèle de couple et donné la confiance qu'elles peuvent exiger un rapport moins masochiste avec leur futur conjoint.

De leur côté, les filles de l'IER nous ont donné de belles leçons de courage, de débrouillardise, d'attention à son prochain et de générosité. Je pourrais aussi vous parler longuement des cours de danse.

Mission accomplie

Notre petite famille est restée huit mois en Bolivie puis, comme convenu dès le début, Christine a quitté avec les enfants pour la rentrée scolaire. J'ai complété l'année avec ma famille adoptive. Un an, ça n'a pas paru beaucoup. J'aurais bien aimé plus, mais j'ai été content qu'on ait choisi de le faire maintenant et de ne pas toujours remettre à plus tard un si beau projet.

Je suis très reconnaissant aux religieuses de nous avoir permis de vivre cette magnifique aventure : elle a développé en nous une affection pour les MIC, le goût de poursuivre la mission et d'aider d'autres personnes à avoir la chance de s'y impliquer.

La mission a longtemps été comprise comme l'annonce explicite de l'Évangile et l'implantation de l'Église. Comme Jésus qui, en son temps, annonçait partout le Royaume de Dieu, les missionnaires actuels sont conviés à un dialogue qui passe par l'apprivoisement à la différence dans la façon de croire en Dieu et de s'engager au sein d'un peuple.

Sommaire Précurseur          Accueil