MAGNIFICAT ANINA MEA DOMINUM!

Le 8 août 1930 était un jour de réjouissance pour la communauté; notre Mère Fondatrice fêtait ses noces d'argent de profession. Les fêtes débutèrent à la Maison-Mère par une messe solennelle et la rénovation des vœux par Mère Marie-du-St-Esprit.

À Pont-Viau dans l'après-midi, quelques quarante jeunes filles, deux ou trois devaient arriver les jours suivants, venaient se joindre à la communauté encore jeune. En montant l'escalier intérieur de la seule entrée du temps, elles lisaient au-dessus de la porte principale : " Vierge Sainte, gardez votre maison "avec des " M " pour Marie dans chacune des portes. Un sentiment de paix et de sécurité se dégageait de ces mots et de ces monogrammes. À droite, la chapelle, sur la porte de laquelle se lisaient :

" Le Maître est là et Il t'appelle "!

À gauche, le parloir où nous étions accueillies avec nos parents et amis. Cette fois-ci les portes disaient : " Heureux ceux qui habitent votre maison, Seigneur! Ils vous loueront dans les siècles des siècles ". Et quand, après avoir quitté nos parents, nous franchissions la porte qui nous conduisait au couvent proprement dit, un autre inscription se lisait ainsi : " Notre-Dame des Missions dirigez-nous "! Avec les mêmes monogrammes répétés. Vraiment, Marie était omniprésente dans la maison. Ailleurs, c'était un " Magnificat anima mea Dominum " qui invitait à la reconnaissance, de même que les " M " arie répétés. Et les portes du dortoir commun de l'époque disaient :

" Je dors mais mon cœur veille. "

En 1932, une construction permit aux Novices d'avoir une chapelle plus grande, à l'étage, de même qu'une grande salle et un réfectoire attenant au rez-de-chaussée. Le quatrième étage sera désert jusqu'au 21 novembre 1955, alors il deviendra " Ermitage Marie-du-St-Esprit ", l'infirmerie de la communauté. Mère St-Jean-François-Régis y décéda le 10 février 1956.

C'est en 1933 que je vis à l'œuvre les Sœurs qui d'un simple travail artisanal, en faisait des merveilles d'éducation qui durent encore. La vitre était d'abord peinturée avec une grosse peinture, puis elle était frappée avec force avec une brosse carrée, pour avoir une surface unie. Ce travail de frappe pouvait devenir extrêmement fatiguant. Durant ce temps, au studio, des pochoirs en cartonnette étaient préparés de la grandeur voulue et avec les mots ou monogrammes choisis. Dès le lendemain de la frappe, on appliquait ces pochoirs et à l'aide d'un bois pointu enroulé d'un linge imbibé d'un peu de térébenthine, on enlevait la peinture aux endroits découpés. Les noms des sœurs Saint Joseph-Calasanz et Saint-Émile restent attachés à ce travail de longue haleine. Pour les portes ayant des " M " les lis des quatre coins étaient finis à la main et alors sœur Saint-Rupert entrait en scène.

C'est ainsi que soixante et quelques années plus tard, on peut lire dans les vitres du parloir actuel :

" Magnificat anima mea Dominum " et

" Heureux ceux qui habitent votre maison, Seigneur.
Ils vous loueront dans les siècles des siècles. "

Encore dernièrement, une personne passait la réflexion : Quelle paix se dégage de ces lignes. Par la suite je m'aperçus que Mère Marie-du-Saint-Esprit devait être une grande pédagogue. Tout nous redisait quel esprit devait être le nôtre. Sur les murs, des sentences artistiquement écrites nous rappelaient que :

La plus grande charité que nous puissions faire au prochain
C'est de lui montrer toujours un visage joyeux.
O mon Dieu, faites-moi mourir
Si je ne dois pas faire votre Volonté.

Et cet autre, maintenant au Pavillon Délia-Tétreault, 2ième étage :

" O Marie, Mère de bonté,
en vous je jette toutes mes inquiétudes et mets toutes mes espérances. "

Sur les murs aussi, des tableaux comme celui de l'Enfant et des bêtes(Is.11-6) longtemps vu à Pont-Viau et peint par Sœur St-Anicet. À la grande salle, à Pont-Viau un autre tableau : Notre-Dame de la Sainte-Enfance, peint par S. St-François-Xavier. À noter que la jeune japonaise, au bas du tableau, est Catarina-Sachiko Hongo, entrée le 5 janvier 1951.

Pour moi, les murs et les portes de Pont-Viau m'ont été des maîtres à penser au cours des ans. Je les revois comme de vieux amis fidèles qui me redisent l'essentiel : " Dieu, premier servi. " Marie, joyeuse messagère, me montrant le chemin de la Mission comme moyen privilégié de remercier le Seigneur du don de la foi, comme le voulait Délia Tétreault. Patrimoine communautaire que je garde et qui continue de m'éduquer.

En 1985, la translation des restes de notre Fondatrice se fit le 19 octobre. Le petit oratoire qui les reçut a aussi un " Maria " artistiquement reproduit et le motif au bas du tombeau nous redit l'esprit d'Action de Grâces qui doit nous animer, et que Marie nous a donné la terre pour prouver notre sincérité envers le Seigneur.

Nous n'avions pas le matériel didactique d'aujourd'hui, ni les instruments d'optique maintenant en usage, mais notre Mère que " VUE et Écoute " pouvaient être porteuses de bien pour le cœur. Par exemple, nos prières répétées quotidiennement devaient se faire l'écho de sentiments qui prenaient corps en nous.

Selon un désir plusieurs fois exprimé et fortement repris par le chapitre de 1982, nos anciennes prières furent compilées par Sœur Hélène De Serres, dans un fascicule paru en 1987 : EXTRAITS RECUEILS DE PRIÈRES (1933-1958), il avait voulu mettre sous nos yeux des formules de prières que notre Fondatrice a elle-même privilégiées. Ainsi l'offrande de la journée voulait que toutes nos actions soient changées en autant d'actes d'amour parfait envers l'adorable Trinité.

Après la Sainte Messe, le " Benedicite " était chanté, invitant toute la création à louer son Créateur.

La prière avant le travail et les invocations de l'heure contenaient matière à réflexion : " Invocations à Marie ", " Reine des vierges ", " Reine des apôtres ", "Reine des martyrs ". Enfin la visite au St-Sacrement parlait de nos dévotions particulières : Action de grâces, Propagation de la foi, Marie, sans oublier le bon Saint-Joseph, envers qui notre Fondatrice avait recours, non seulement pour faveurs temporelles mais pour une augmentation de vie intérieure. Le ROSAIRE avait une place prépondérante dans nos journées. Mystères joyeux rappelant l'Incarnation, Mystères douloureux, la Rédemption, Mystères joyeux, la Résurrection. Les dimanches et les jours de fête, avec quelle ardeur ces louanges étaient chantées avec des couplets et des mots appropriés, se terminant par le MAGNIFICAT.

Nos récréations étaient précédés de chants nous rappelant les grands thèmes : (p,28) Volonté de Dieu, Esprit Saint, etc

Tous les soirs, nous priions pour : (p. 33)
1. les besoins spirituels et temporels de notre Maison Mère et de nos missions;
2. nos bienfaiteurs, etc;
3. les intentions de notre Mère

La journée se terminait par trois invocations au Cœur de Jésus et le Salve Regina.

Au jour de départs missionnaires, la Consécration à la Sainte Vierge (p. 49) étaient lues à la chapelle par les élues et le chant : Mère de Dieu, bénissez-nous accompagnait le départ et durant tout le voyage l'Ave Maris Stella était chanté quotidiennement.

Tout nous rappelait sans cesse les orientations majeures de notre chère Communauté.

MAGNIFICAT ANINA MEA DOMINUM!

Pont-Viau, novembre 1996
Madeleine Payette, m.i.c.

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