LES REBONDISSEMENTS DE L'HISTOIRE

par Huguette Turcotte, m.i.c.

Dans la longue histoire des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, qui s'étend maintenant sur plus d'un siècle, des événements du passé, depuis longtemps oubliés, refont parfois surface dans des circonstances imprévisibles. Ces Rebondissements de l'Histoire sont d'un grand intérêt pour les générations contemporaines car ils mettent en lumière des pages de la vie de nos devancières dont la carrière missionnaire s'est déroulée dans des conditions tellement différentes de celles que nous vivons aujourd'hui.

L'avènement de la technologie et la facilité avec laquelle on peut entreprendre des recherches sur l'Internet réveille aussi l'intérêt de certaines personnes qui ont des liens de famille ou d'amitié avec les Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception. Quoi de plus facile que de clicquer sur une touche et de voir apparaître des images des pays mystérieux où sont parti autrefois nos missionnaires. Rappelons ici quelques-uns de ces événements fortuits à saveur historiques survenus ces dernières années grâce à l'informatique.

Seconde Guerre Mondiale, Rome 1941-45

En 2005, la Supérieure du Couvent M.I.C. de Pont-Viau reçoit un jour une lettre de London, Ontario, adressée "À la dernière survivante des Soeurs de Rome durant la guerre". La lettre provient de Mme Huguette Morin-Karrer, autrefois de Montréal, qui avait partagé avec les Soeurs les dangers et les privations de l'occupation allemande de Rome durant la Seconde Guerre. La survivante recherchée était Sr Délia Philippe, à ce moment toujours de ce monde, qui s'apprêtait à célébrer son 100e anniversaire de naissance en 2006, quelques mois avant celui de Madame Karrer. Cette rencontre après tant d'années a permis aux M.I.C. de recueillir et d'échanger des archives précieuses sur ces années difficiles où les Soeurs de Rome ont été complètement coupées de communication avec la Maison Mère de Montréal. Et Pia, la fille de Mme Karrer, apprend le roman d'amour qui avait amené sa mère en Italie et des détails qu'elle ignorait sur sa propre enfance. Cette histoire touchante a été publiée dans Le Précurseur, automne 2005, sous le titre "L 'amour au temps des bombes ".

Hong Kong: un baptême en 1958

Un jeune Chinois immigré à Vancouver, cherche à retrouver la religieuse canadienne qui l'a baptisé à l'article de la mort dans un hôpital de Hong Kong en 1958. Contre toute attente, il a survécu et fut plus tard donné en adoption. Le seul indice fourni par sa mère biologique est un bout de papier attestant la date du baptême et une signature aux consonances étrangères: Sr St-Charles-de-Milan. Après bien des années de recherche, le message de Philip finit par parvenir au Couvent de Pont-Viau où vit celle qu'il cherche, Sr Jeanne Bouchard. C'est avec beaucoup d'émotion que Philip et Pauline, son épouse, ont pu la visiter en août 2005, quelques mois avant son décès. (Le Précurseur, été 2006: "Soeur Jeanne et un certain papier...")

2008: Un événement récent

En août 2008, après avoir été transmis de l'une à l'autre par cinq personnes différentes, un courriel signé d'un nom inconnu apparaît sur mon ordinateur. L'auteur, Mr Bob Tatz, écrit d'Edmonton, Alberta. Il recherche l'identité des neuf religieuses canadiennes qui furent internées par les Japonais au Camp Stanley de Hong Kong en janvier 1941. Il était un jeune garçon de dix ans à l'époque, de nationalité britannique, orphelin et interné dans le même camp. Il veut surtout savoir qui était Soeur St-Stanislas, l'une des soeurs canadiennes, qui s'était intéressée à lui et dont il garde un souvenir impérissable. Il désire aussi de l'information sur un évêque, Mgr O'Hara, interné lui aussi, qui avait fait des démarches pour obtenir la libération du jeune garçon.

Je réponds immàdiatement à Mr Tatz qu'il a finalement frappé à la bonne porte après tant de détours, et que je suis en mesure de lui fournir de l'information sur cette M.I.C. qu'il n'a jamais oubliée et qui appartenait à notre Institut. Je rectifie le nom de l'évêque qu'il a mentionné. Il s'agit de Mgr Cuthbert O'Gara, Vicaire Apostolique de Yuanling, dont l'histoire est consignée dans nos archives du Camp Stanley. Le lendemain, la réponse m'attend: c'est une explosion de joie et d'émotions. Mr Tatz m'apprend qu'il vient d'écrire ses mémoires et qu'à cette occasion, son désir s'est réveillé d'apprendre quelque chose sur cette femme religieuse qui avait été si bonne pour lui alors qu'il était seul au monde. Il dit qu'elle l'avait préparé pour sa seconde première communion et qu'à cette occasion, elle lui avait confectionné un petit livret de prières qu'il a conservé jusqu'à aujourd'hui, après plus de soixante ans!

Les échanges avec Mr Tatz se poursuivent durant plusieurs mois: envoi de la notice nécrologique de St St-Stanislas (Germaine Gonthier), décédée à Canton quelques années après sa libération du Camp Stanley, réception de l'autobiographie de Mr Tatz, échanges de courriels, de photos historiques, etc.

Par hasard l'été dernier, alors que je mentionne à une compagne l'extraordinaire requête venue d'Edmonton, elle réagit en disant qu'elle connaît à Montréal le Dr Mariette Gonthier, parente de Sr Germaine. Contactée par téléphone, Madame Gonthier m'apprend que Sr Germaine est la demi-soeur de son mari, actuellement hospitalisé et gravement malade. Je m'empresse de lui faire parvenir le récit de Mr Tatz où il rappelle le rôle si réconfortant joué par Sr Germaine auprès de lui durant l'internement au Camp Stanley en 1942. Ce souvenir de sa grande soeur missionnaire en Chine, révélé dans ce récit, aura été la dernière joie de l'Honorable Charles D. Gonthier, décédé le 17 juillet dernier.

Quel émouvant rebondissement de notre Histoire en cette année du centenaire du premier départ des Missionnaires de l'Immaculée-Conception pour la Chine!

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