Toute menue, coincée, enrobée, chiffonnée,
La sève montait, m'enivrait, j'étais prête à éclater
Je me suis mise à respirer, à me déployer, à crier
Que c'est beau la vie ! Oui, que c'est beau la vie !

Du haut de mon arbre, j'ai regardé aux alentours
Je me suis vue semblable à tant d'autres
Et pourtant... mon cœur embrassait le monde
La vie battait en moi ! Oui, la vie battait en moi !

De fines gouttes de pluie ont complété ma toilette
Habillée de vert tendre, je me dandinais au soleil levant
Je recevais tout gratuitement comme sait le faire l'amour
Je me laissais bercer tendrement au rythme de ma branche
La vie s'ouvrait à moi ! Oui, la vie s'ouvrait à moi !

L'air printanier a passé, le soleil s'est réchauffé
Les nuages se sont dispersés, la brise s'est envolée
La peur m'a envahie, je n'avais plus d'abris
Des rides sont apparues, le vert de ma robe a foncé,
J'avais soif de vie ! Oui, j'avais soif de vie !

De grands vents se sont levés, je me sentais ballottée
Qu'est-ce qui se passe en moi, je pâlis, je jaunis,
Que m'arrive-t-il ? Ma courte vie prendrait-elle fin ?
Oh ! Une nervure de sang, du jaune je passe à l'écarlate
Surprises de la vie ! Oui, surprises de la vie !

Séparée de mon arbre, je tourbillonne en spirale,
Je danse dans le vent, je danse, je danse en riant
En faisant briller mes couleurs d'or et de pourpre
J'entends des voix qui s'émerveillent à mon passage.
Beauté de la vie ! Oui, beauté de la vie !

Danse du cygne ? Est-ce le temps de l'agonie ?
Le temps de la séparation, le temps de la transformation !
Transportée dans un champ fertile, je m'enfouis dans le sol
De cet engrais minime jaillira peut-être un bel épi doré !
Béni soit le Dieu de la Vie ! Oui, béni soit le Dieu de la Vie !

Marie-Paule Sanfaçon, m.i.c.

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