La préoccupation pour l'environnement et l'écologie ne date pas de l'an 2000. En effet, 1972, la Conférence de Stockholm fait le premier pas pour une grande sensibilisation mondiale aux problèmes de l'environnement. Le défi écologique est lancé à la société moderne, un véritable cri d'alarme. La vie de la terre est en danger.

Dans ce conte, inspiré du Petit Prince de Saint-Exupéry, d'une plume magique, S. Lise Tremblay, m.i.c., poursuit cette réflexion en ramenant le petit prince sur la planète Terre.

Le Petit Prince et l'écologiste

par Lise Tremblay, m.i.c.

La planète que visita le petit prince, était habitée par une écologiste.

Bonjour! tu pleures? dit le petit prince surpris.

Attention! ma planète est malade, répondit l'écologiste. Qui es-tu ?

Ta planète est malade? interrogea le petit prince devenu soudainement tout triste sans pouvoir expliquer ce qui se passait en son coeur.

Ce qu'il découvrait n'avait rien de commun avec ce qu'il avait déjà vu. Un grand parasol couvrait presque toute l'étendue de la planète empoussiérée. Les arbres avaient l'air assoiffés et manifestaient une fatigue qu'on aurait dit accumulée depuis des siècles. Le silence n'était interrompu que par le chant mélancolique de quelques oiseaux au plumage terne. Ta planète est malade? reprit le petit prince.

Devant l'insistance de son visiteur inattendu, l'écologiste entreprit de lui raconter la longue histoire de sa merveilleuse planète en danger. Le petit prince écouta tout en se demandant en quoi consistait la maladie de cette planète qui avait l'air si sûre d'elle et qui poursuivait allègrement sa route à travers le temps et l'espace.

- Ma planète est malade, poursuivit l'écologiste. Cela signifie qu'à cause de notre négligence, nous avons changé le rythme de la nature, nous avons contribué à sa détérioration rapide. Ma planète est malade, cela veut dire qu'elle est en train de perdre ses capacités de soutenir la vie. Elle est en danger de mort et nous aussi.

- Et les fleurs, sont-elles en danger de mort? Et les moutons? Et les renards? dit le petit prince.

- Oui, les fleurs sont en danger de mort, car elles ne parviennent pas à se nourrir correctement sur un sol perturbé et lui-même en danger, répondit tristement l'écologiste.

Le petit prince commença à comprendre ce qui le rendait triste, car il pensait à sa rose, au mouton pourtant bien à l'abri dans sa caisse, et à son ami le renard.

- Tu vois mon petit, ce parasol. Il ne serait pas nécessaire si la couche d'ozone de l'atmosphère était demeurée intacte. Les découvertes modernes sont efficaces pour le moment présent; elles mettent en valeur le génie de l'homme qui oublie trop souvent d'en peser les conséquences sur l'environnement. Tu vois les arbres?

- Ils ont l'air fatigués tes arbres, dit le petit prince.

- Autrefois, ils étaient d'un beau vert, signe de santé. Maintenant, les belles teintes de vert font place au brun du désert, précisa l'écologiste.

- Je connais le désert, il cache des serpents et un puits, dit le petit prince songeur. Les serpents sont-ils aussi en danger?

Vraiment ce petit être gagnait de plus en plus la sympathie de l'écologiste. Elle trouvait dans son regard, une oasis de compréhension qui l'encourageait à lui confier ses préoccupations concernant sa planète.

- Cher petit homme, continua l'écologiste, tu as connu le désert! Bientôt ma planète sera un immense désert si elle continue de se réchauffer. Et si nous ne cessons pas de consommer ses ressources non renouvelables, sans aucun souci de ceux avec qui nous la partageons, qu'adviendrat-il des générations futures?

- Tu n'habites donc pas seule sur cette planète? interrogea le petit prince.

- Non, je ne suis pas seule, affirma l'écologiste, mais, vois-tu, on s'est créé un monde individualiste.

- Que veut dire individualiste? demanda le petit prince étonné.

- Cela veut dire, chacun pour soi, se contenta de répondre l'écologiste.

Le petit prince se rendit compte une fois de plus que le monde des grandes personnes est tout à fait imprévisible.

- C'est facile, dit l'écologiste, de couper des arbres pour répondre à des besoins immédiats en omettant de les remplacer, et en détériorant son environnement porteur de germes de vie. C'est facile de mettre sur le marché des nouveaux produits chimiques générateurs de résultats plus rapides et souvent irréversibles. C'est facile de consommer des matières premières et de l'énergie, mais nous oublions que nous sommes tous responsables de la survie de l'humanité et que nous devons conserver un environnement nourricier favorable à la vie.

- Je suis responsable de ma rose, dit le petit prince sougeur.

- Tu es responsable de ta rose, reprit l'écologiste. Je suis responsable de ta rose. Nous sommes tous responsables de protéger la vie. Nous nous préoccupons beaucoup de la quantité et trop peu de la qualité. Nos industries produisent à un rythme chaque jour plus accéléré et dégagent des gaz toxiques provoquant l'effet de serre et les pluies acides.

Le petit prince semblait tout à fait plongé dans ses pensées, quand il entendit une plainte venant d'un étang qui avait depuis longtemps perdu sa limpidité et sa fraîcheur.

- Tu entends ces grenouilles, dit l'écologiste. Elles n'en peuvent plus de déménager d'un étang à l'autre, car l'eau dans laquelle elles baignent ne peut plus leur fournir l'oxygène indispensable à leur survie. Notre réseau hydrographique charrie des acides: des poissons meurent chaque jour, emportant dans leur silence, la nourriture de centaines de citoyens. Et plus loin, vers la mer, des mammifères disparaissent sans promesse de descendance.

- Ton histoire est vraiment triste, constata le petit prince. Et ta planète…

Le petit prince s'interrompit, conscient de la gravité du problème et de son incapacité d'y apporter des solutions. Il se pencha pour admirer de plus près une frêle plante, d'un vert lui rappelant les premiers jours de sa rose.

- Ta planète ne peut pas mourir, s'écria le petit prince, les yeux étincelants sous le soleil. On doit pouvoir trouver des solutions. Ta planète a travaillé depuis des millénaires pour acquérir une telle beauté, et sa lutte ne peut pas avoir été vaine.

L'écologiste se surprit à sourire, en entendant ce petit bonhomme à la fois sage et naïf.

- Quand on peut prévenir une maladie, dit l'écologiste, on ne lutte pas pour la soigner. On aurait dû prévenir. Maintenant, on ne peut plus revenir en arrière, il faut tenter de sauvegarder ce qu'il nous reste afin d'éviter la catastrophe. II faut créer de nouvelles techniques de nettoyage. Nous devons réviser nos valeurs, nos modes de vie, et travailler à un développement durable. Nous devons comprendre que toute agression contre l'environnement, a des retombées sur chacun de nous.

- Chaque matin, dit le petit prince, je nettoie ma planète car tu sais, les baobabs l'envahiraient en quelques jours.

- Tu arraches les baobabs pour empêcher que ta planète soit malade, confirma l'écologiste. Mais ta planète est si petite. Tu peux y arriver seul; la mienne est beaucoup trop grande.

- Ta planète est beaucoup trop grande et elle est à la fois si petite, elle est une des plus petites planètes connues, reprit le petit prince. Elle semble bien forte et à la fois si fragile.

- Ce travail exige tout d'abord une grande solidarité entre les milliards d'habitants de la planète, précisa l'écologiste. C'est la première condition permettant d'obtenir des résultats valables. Le Sud et le Nord, l'Est et l'Ouest sont interdépendants, à la fois si différents et tellement semblables.

- Et si les habitants de ta planète décidaient de s'apprivoiser mutuellement, questionna le petit prince, se souvenant des conseils de son ami le renard, ne leur serait-il pas alors plus facile de tenter d'apprivoiser leur environnement?

L'écologiste éprouva le besoin de réfléchir à cette interrogation du petit prince. Il lui semblait entendre la formulation d'un rêve si longtemps caressé et qui lui semblait sortir du lointain de ses souvenirs.

- Ma planète est malade, parce qu'on a détruit la paix entre les hommes, réfléchit l'écologiste. La compétition et les luttes économiques, sont devenues les grandes préoccupations de tous. On a oublié de capitaliser des ressources plus profondes. L'amour, le partage, la justice sociale, le respect, sont devenus des mots sans chaleur et sans lendemain.

- Tant qu'il y aura des êtres convaincus de l'importance de ce qui est invisible pour les yeux, reprit le petit prince, tant que ces êtres accepteront de tenir compte des préoccupations vitales, communes à tout être humain, ta planète, si fragile soit-elle, pourra survivre et garantir l'avenir de tous.

- Si chacun adopte une vision à long terme et modifie son comportement, enchaîna l'écologiste, ma planète se trouvera mieux, car notre avenir est étroitement lié à notre action d'aujourd'hui.

Le petit prince s'avança lentement vers la montagne. Il leva les yeux vers les cimes enneigées brillant au soleil et reprit sa route, silencieux, convaincu que le futur s'écrit parfois au présent.

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