Il était une fois un lièvre qui avait le défaut, si c'est là un défaut, de rêver en regardant le ciel. Il pouvait rester là des heures à fixer les nuages pendant que ses compagnons de jeux gambadaient dans la prairie.

- Viens jouer, suppliait son meilleur copain.
- Non, je l'attends. Il viendra aujourd'hui, répondit notre lièvre.
- Toi et ton aigle! Tu es un lièvre, un lièvre, souviens-toi pas un aigle, riposta mi-triste, mi-fâché son ami.
- Je le sais bien. Tiens, regardez, le voici!
- Sauve-qui-peut, il descend, cria la troupe apeurée.

C'était bien vrai. Ce jour-là l'aigle était en chasse car ses aiglons toujours affamés réclamaient leur pitance. Notre petit lièvre, hypnotisé par la majesté du rapace demeurait là, figé sur place. De son regard perçant l'aigle ne fut pas long à l'apercevoir. Il fonçait droit sur lui. Enfin le dîner!

- Étrange, très étrange! Il ne bouge pas d'un poil. Est-il vivant? Serait-ce un piège? pensa notre aigle.

Il freina sa descente vertigineuse pour s'arrêter juste à la hauteur des oreilles du lièvre toujours immobile. L'aigle allait repartir, sans demander son reste, quand une voix tremblante le retint.

- Attendez, attendez, ne repartez pas! dit quelqu'un.

L'aigle tout étonné cherchait qui cela pouvait bien être.

- Ici, ici, c'est moi, le lièvre, dit une faible voix.
- Le lièvre? Mais je rêve!, se dit l'aigle en lui-même.
- Dites-moi, comment il est le monde vu d'en haut? Osa demander notre petite boule de poil.

- Le monde vu d'en haut?… Tu n'as pas peur! demande l'aigle étonné sans même répondre à sa question.
- Oh oui, très, très peur, dit le lièvre tout tremblant.
- Alors pourquoi restes-tu là à me faire la conversation, rétorqua l'aigle surpris.
- C'est que je veux savoir! J'aimerais bien pouvoir voler comme vous et embraser la prairie, le sous-bois d'un seul coup d'oeil, causait toujours le petit lièvre.
- Tu es un bien drôle de lièvre, répondit en riant notre ami ailé.

- Et vous, un bien drôle d'aigle pour prendre le temps de répondre à mes questions, répondit le lièvre sur le même ton.
- C'est que moi aussi je suis plutôt curieux. Savais-tu qu'il m'arrive à moi de désirer être un tout petit lièvre sautillant allégrement dans les hautes herbes du pré. Il est si magnifique ton sous-bois, j'aimerais bien l'admirer de plus prées, reprit l'aigle sur un ton amical.

- Je te propose un marché, osa dire le lièvre. Toi, tu vois le monde d'en haut et moi d'en bas. De tes hauteurs l'univers est unique et merveilleux mais tu as raison, en bas c'est pas si mal non plus, alors partageons. Je te ferai visiter mon domaine et toi le tien. Nous découvrirons ensemble des tas de secrets.

Et depuis, si tu prends le temps de flâner un peu et de t'asseoir, sans faire de bruit, à l'orée du bois; tu auras peut-être la chance de les apercevoir faisant la causette la patte dans l'aile.

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