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Depuis des générations, les pays que nous disons " sous-développés " fournissent des ressources naturelles et de la main-d'oeuvre pour satisfaire les besoins et les caprices de l'Occident mais ils n'en sont devenus ni plus riches ni, évidemment, plus développés. Toute la question est de savoir pourquoi. Et la réponse revêt une importance cruciale pour chacune et chacun de nous parce que, cette fois, c'est le sort du globe qui est en jeu et non plus seulement celui du voisinage ou du pays. |
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Les soufis racontent une histoire qui illustre parfaitement le problème et voilè qu'une spiritualité à la fois très ancienne et très moderne nous offre un modèle de réponse possible. Les soufis racontent l'histoire d'un groupe en quête de la plénitude de la vie : "Il y a trois étapes dans le développement spirituel de la personne, dit le maître : l'étape charnelle, l'étape spirituelle et l'étape divine. - Alors, maître, de dire de fervents disciples, qu'est-ce que l'étape charnelle ? - C'est l'étape où les arbres semblent des arbres, et les montagnes des montagnes, de répondre le maître. - Et l'étape spirituelle? demandent les disciples. - L'étape spirituelle, c'est quand on jette sur les choses un regard plus profond. Alors les arbres ne sont plus des arbres et les montagnes ne sont plus des montagnes. - Et l'étape divine? questionnent les disciples fascinés. Ah, oui, l'étape divine, dit le maître en souriant. Eh bien, l'illumination divine, dit le maître en s'esclaffant, c'est quand les arbres redeviennent des arbres et les montagnes des montagnes." En 1940, quand un couple s'achetait des meubles de salon, il comptait les garder pour la vie, les déménager dans sa première maison, là où il élèverait ses enfants, et en faire le coeur de la demeure où il recevrait ses petits-enfants. À cette époque-là, les gens voyaient dans les arbres des arbres. Si vous en utilisiez un, vous en replantiez un. Si vous en transformiez un pour répondre à vos besoins, vous respectiez la vie qui l'habite, vous en preniez soin et vous le gardiez indéfiniment. Aujourd'hui, les meubles de salon et les arbres qui servent à les fabriquer sont mis au rebut régulièrement. On abat continuellement des arbres pour fabriquer de nouveaux meubles de salon pour des gens qui se sont fatigués de ceux qu'ils possédaient. Aujourd'hui, les arbres ne sont pas vus comme des arbres. Aujourd'hui, les arbres, l'eau, l'air et le sol ont pris l'aspect du profit pour un petit nombre, de la prospérité pour les autres, l'aspect du manque pour un trop grand nombre et, le plus tragique, c'est que nous croyons avoir progressé. |
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D'après le World Watch Institute (en 2002), les États-Unis et l'Europe dépensent à eux seuls 18 milliards de dollars par année en cosmétiques, 17 milliards en nourriture pour animaux de compagnie, 15 milliards en parfums, 14 milliards en croisières, et même 11 milliards en crème glacée pour l'Europe seulement. Cela fait déjà 75 milliards de dollars. Par contre, pour éliminer la faim et la malnutrition dans le monde, il faudrait 19 milliards de dollars; on pourrait assurer l'alphabétisation universelle pour 5 milliards, donner accès à l'eau potable pour 10 milliards, et vacciner tous les enfants du tiers-monde pour à peine un peu plus d'un milliard. Pour un total de 35 milliards de dollars. |
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Plus d'un milliard d'êtres humains, 20 pour cent de la population mondiale, n'ont pas accès à l'eau potable, 40 pour cent de la population mondiale n'ont ni toilettes ni lavabos et, avec la multiplication des sécheresses attribuables à l'augmentation des gaz à effet de serre, des millions de gens meurent de faim. Il y a là sûrement quelque chose d'immoral mais, cette fois, ce sont les politiques, les stratagèmes et les dépenses des pays riches qu'il s'agit d'examiner. Si le monde qui dépense chaque jour des millions de dollars en outils de destruction a besoin de sécurité et de défense, c'est certainement la sécurité alimentaire, la sécurité de l'air et de l'eau qui doivent avoir la priorité. Autrement, les générations futures qui voudront assurer la sécurité des leurs souffriront de malnutrition et n'auront peut-être ni la santé mentale ni la rigueur logique ni l'intelligence voulue pour le faire sans léser les autres. C'est la protection contre l'érosion, contre l'énergie perdue et contre le pillage des ressources mondiales qui est la clé de la souveraineté nationale et de la paix mondiale. Comme le disciple soufi, nous avons commencé à voir autre chose dans les arbres et les montagnes - le profit, la bonne vie, les biens de consommation, la production -, quelque chose qui nous paraît divin mais qui est encore loin de représenter la vie en plénitude pour tout le monde. La bonne vie ne peut pas n'être que cela, nous le savons bien. Mais alors, où aller chercher un modèle de vie globale si notre système d'enseignement, notre société technologique et nos politiques gouvernementales sont apparemment incapables de nous donner des normes qui nous permettent de dépasser une soif insatiable de choses toujours plus abondantes ? Et qu'est-ce qu'il faudra changer dans notre manière de vivre pour en arriver à préserver un certain niveau de dignité, de beauté, de santé, d'épanouissement... et le globe lui-même ? Ce texte est extrait d'un livre de Joan Chittister, moniale bénédictine
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