LE VIEUX CHÊNE

Au Club 4H, nous apprenions et développions le respect de la nature, de tout ce qui vit. L’une de nos préoccupations était la conservation de l’arbre. Nous étions sensibilisés au respect de l’environnement. Au fil des ans, je me suis laissée interpeller et j’ai cultivé l’amour de la vie, la vie en abondance ! La nature est demeurée pour moi un lieu où je refais le plein d’énergie. Mais aujourd’hui, que devient la vie de notre planète ?

Que devient la vie quand nos forêts sont immolées, quand nos rivières, nos lacs et même notre beau fleuve Saint-Laurent, au fil des ans, sont devenus des dépotoirs ? Notre pays est riche en eau douce et nous utilisons cette eau sans nous soucier de l’avenir, comme pour tout autre richesse naturelle surexploitée. Et pourtant nous savons que cette richesse est épuisable. Notre solidarité avec les autres peuples nous sensibilise à la situation des femmes et des enfants qui parcourent des kilomètres pour puiser la réserve d’eau quotidienne au prix de combien d’efforts !

La saison estivale nous donne l’occasion de renouer avec la nature, de goûter la joie de nous sentir enveloppés par la vie, la paix, le calme hors de nos villes bourdonnantes d'activités. Interrogeons un témoin de notre planète malade…

Toi, grand chêne si fier, si fort, dis-nous ce que tu vis. Tu sembles tellement solitaire.

J’ai été planté sur le sol de cette planète merveilleuse, en même temps qu’une indénombrable quantité de frères. Notre feuillage protégeait les plus petits arbres des chauds rayons du soleil. Le vent, les oiseaux, les abeilles contribuaient à notre reproduction par le transport de notre pollen. Maintenant que je suis seul de mon espèce dans cette vallée, comment pourrais-je me reproduire, assurer l’avenir de ma famille ? Nous fertilisions notre habitat avec notre feuillage, à la fin de son cycle annuel : il enrichissait le sol qui conservait l’humidité nécessaire pendant les périodes plus sèches. Des petits rongeurs cueillaient nos fruits d’automne pour se nourrir pendant l’hiver.

Tout au long de ma vie de grand végétal, j’ai vu disparaître plusieurs de mes congénères. L’homme a besoin de nous, les arbres, et nous lui rendons de fiers services. Vous voyez mon feuillage ? S’il a perdu de sa jeunesse, n’interrogez pas mes années, car je le renouvelle chaque printemps. Le rude hiver ne m’impressionne pas : je parais mourir mais je vis de l’intérieur. Je me prépare doucement à accueillir le soleil du printemps, et ma sève circule de nouveau.

Je me rends disponible pour le service de l’homme, et ma fierté, c’est de me savoir utile ! Tous mes voisins ont subi un bien triste sort. J’avais besoin de leur compagnie pour résister aux ardents rayons du soleil. Seul, je n’arrive plus à absorber tout le gaz carbonique. Les pluies acides et les gaz toxiques m’empêchent de garder intact mon beau feuillage vert, signe de ma vitalité.

Qu’est-ce qui est arrivé à tes amis ?

C’était dans un temps lointain. Je le tiens de mes prédécesseurs… L’homme prenait ce qui lui convenait. Nous avions l’impression de lui être utiles pour cuire sa nourriture, construire sa maison et ses meubles, se réchauffer en saison froide. Mais voilà qu’un jour, l’homme est venu avec ses puissantes machines et il n’a rien épargné, pas même les petits ! L’homme avait de plus grands besoins… L’homme a oublié le futur.

Et toi, tu n’as pas été victime de cette « coupe à blanc » ?

Comme tu vois, c’est ce ruisseau tout près qui m’a sauvé la vie. Je vous dis en toute honnêteté que les hommes ont fait un bel effort pour planter d’autres arbres. Mais il nous faudra être patients, car le milieu naturel dans lequel nous évoluons a subi de sérieux dommages. Nous avons été blessés jusque dans nos racines. Et nous ne sommes pas habitués aux produits chimiques que nous devons absorber. Comme la couche d’ozone a été détruite, les petits arbres ont du mal à parvenir à maturité. De plus, avec le réchauffement de la planète, des insectes viennent du Sud et envahissent nos jeunes pousses. Les insectes sont utiles à notre écosystème : ils contribuent à faire circuler l’oxygène du sol, nourrissent leurs prédateurs et transportent le pollen des plantes qui les nourrissent et les abritent. Mais comme les insectes venus du Sud n’ont pas de prédateurs, leur prolifération exagérée devient nuisible… Rien n’est parfait ! dirait le renard du Petit Prince.

Jadis, le ruisseau gazouillait à mes pieds et me rafraîchissait… Aujourd’hui, son eau fraîche venant de la montagne se réchauffe rapidement. Les algues l’envahissent et les corps étrangers qui s’y entassent entraînent la perte des amphibiens et des vertébrés aquatiques : ils n’y trouvent plus l’oxygène nécessaire à leur vie ! Et c’est ainsi que je suis entré dans une profonde solitude. Heureusement, le chant des oiseaux égaie encore mes journées; le soir, je leur sers d’abri. Eux aussi se plaignent : leur chant parfois mélancolique exprime leur difficulté à survivre; leur plumage a perdu sa luminosité. Malgré tout, ils perpétuent leur mission de donner la joie, vivent au gré des conditions climatiques et s’adaptent continuellement. Ils nous disent à leur façon que la vie vaut la peine d’être protégée…

Nous pourrions écouter encore et encore ce grand sage. Aujourd’hui, pourquoi ne pas dire OUI à notre planète et nous engager sans compromis pour sa survie ? Elle a besoin de nous. Si, pendant cette saison estivale, chaque terrien posait un petit geste en faveur de l’environnement, ce serait dire des millions de JE T’AIME à la terre. Ne sommes-nous pas responsables de ce vaste univers que le Créateur nous a donné en toute gratuité ?

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