Une Nouvelle-France missionnaire

André Sanfaçon

À la source de l'esprit missionnaire : une Église en renouvellement

L'esprit missionnaire manifesté par un grand nombre des premiers arrivants en Nouvelle-France au XVIIe siècle porte la marque du programme de renouveau catholique défini par le Concile de Trente (1545-1563). Désormais forte d'une doctrine clarifiée et réaffirmée, d'une efficace structuration de l'action pastorale, l'Église de Rome vise à établir en Europe une société toute chrétienne. Elle espère y parvenir grâce à un clergé mieux formé, capable de remodeler les fidèles par la fré quentation fervente des sacrements et par des pratiques de dévotion purifiées, recentrées sur le culte au Christ et à la Vierge.

Aux ecclésiastiques les plus saints et éminents s'allie une élite noble et bourgeoise pour former des cercles dévots (sociétés, compagnies, congrégations, confréries) dans l'Europe catholique. Ils prient, planifient, ciblent, donnent et agissent sur de nombreux fronts d'apostolat, depuis la cour royale jusqu'aux miséreux des rues, des hospices et des prisons.

Des missions depuis l'intérieur de la France jusqu'au bout du monde

En France, des missions sont organisées à l'intérieur de diocèses pour instruire les fidèles, convertir les pécheurs, sanctifier les moeurs. Les méthodes appliquées à ces missions intérieures et les résultats obtenus préparent et encouragent des cohortes de prêtres et de religieux à partir à la conquête du monde pour le gagner à la civilisation euro-chrétienne. Rien n'est alors plus valorisé sur le plan chrétien que de contribuer par tous les moyens au salut des âmes.

Le Canada, réputé bientôt comme « le pays des croix et des martyrs », fascine les candidats aux missions ainsi que de nombreux bienfaiteurs, la plupart nourris de mysticisme. Tous sont convaincus de l'urgence de convertir les Amérindiens pour la plus grande gloire de Dieu et le recul de l'empire du Démon.

Pas tous missionnaires, mais une colonie évangélisatrice

On ne peut voir un missionnaire dans chaque arrivant en Nouvelle-France, bien que, jusqu'à un certain point, l'idée ne soit pas si exagérée. Des missionnaires pensent en effet, pendant un temps, que tous les Français débarqués à Québec peuvent et doivent servir d'exemples aux Amérindiens à convertir. Ces pionniers ne sont-ils pas tous chrétiens ? En fait, au XVIIe siècle comme en d'autres époques, si le plus grand nombre des habitants sont de bons chrétiens, voire édifiants, il y en a aussi qui sèment le scandale; celui-ci est d'autant plus visible que la population de la colonie est encore peu nombreuse.

Il reste que l'évangélisation des Amérindiens est un des objectifs officiels de l'existence de la Nouvelle-France. Champlain, Montmagny, d'Ailleboust et Lauson, successivement à la direction de la colonie au cours de la première moitié du XVIIe siècle, appuient volontiers l'entreprise missionnaire, parfois même de la façon la plus dévote.

Des missions permanentes ou temporaires sont fondées auprès de nombreuses nations autochtones des grandes familles algonquine et iroquoienne : en Acadie par les Capucins (1632), et au Canada, du golfe du Saint-Laurent jusqu'aux Grands Lacs, par les Récollets (1615), puis par les Jésuites (1625) qui y ont longtemps le monopole des missions. En 1657, les Sulpiciens de Monsieur Olier s'installent à l'île de Montréal comme seigneurs, curés et missionnaires.

Avec une admirable abnégation, des laïcs français se donnent au service des communautés missionnaires. Par leur labeur et leur vie exemplaire, ils soutiennent le travail de conversion.

La ville de Québec, « pays de la foi »

La ville naissante de Québec est le port où arrivent tous les missionnaires au Canada et d'où ils se rembarquent peu après vers les missions auxquelles leurs supérieurs les destinent. Par son clergé, ses fidèles, ses édifices à vocation religieuse et charitable, Québec est perçue par des Amérindiens comme « le pays de la foi ».

Sur invitation ou selon leur désir, certains convertis viennent vivre dans l'entourage français pour y pratiquer plus facilement leur engagement chrétien. Ils sont accueillis proche de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal dans des réductions, c’est-à-dire dans des bourgs chrétiens qui leur sont réservés et où ils peuvent bénéficier de l'assistance et de la protection des Français. Ils apprécient grandement le dévouement des religieuses hospitalières et enseignantes; ils les appellent avec respect les « filles saintes ».

L'Immaculée-Conception en renfort du travail missionnaire

Les missionnaires jésuites du Canada développent une dévotion particulière à l'Immaculée-Conception. Lors de la célébration de cette fête en l'église de Québec, le 8 décembre 1635, ils consacrent par voeu solennel toutes leurs missions à Marie Immaculée, à celle qui, selon le dogme proclamé en 1854, a été « préservée et exemptée du péché originel ».

Dans la formulation de leur voeu, les Jésuites disent humblement craindre que leur imperfection fasse obstacle à l'action de la grâce divine dans le processus de conversion, aussi font-ils appel à la perfection de la Vierge Immaculée. Ils lui offrent des messes, des chapelets et des mortifications. Ils s'engagent en outre à placer sous le vocable de l'Immaculée-Conception chaque première chapelle ou église construite dans une mission.

Le renouvellement annuel de cette promesse mariale marque un temps de ralliement des forces missionnaires avec celles de l'Immaculée pour vaincre les résistances de nations amérindiennes ou d'individus à leur conversion. En cela, ce recours marial souligne un aspect fondamental de l'association missionnaire à l'Immaculée-Conception. Les Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception témoignent encore au XXIe siècle de la vigueur et de l'actualité de cette alliance.

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