Entre le désir et l’action, éclate la joie!
À l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, Canada, un matin de mai 2006, quatre jeunes femmes réalisent un grand rêve. En effet, Élaine, Annik, Anne et Stéphanie s’envolent vers la Bolivie après s’être donné une formation d’un an pour un stage missionnaire en partenariat avec les MIC. Elles ont bien voulu partager avec nous les fruits de leur expérience.
par France Royer-Martel, m.i.c.
Stage en partenariat
Ces jeunes adultes ont vécu leur engagement missionnaire en partenariat avec les MIC et au service de la Fondation Amanecer. Celle-ci offre un programme à plusieurs volets, créé à Cochabamba en Bolivie, par les Filles de la Charité, mieux connues sous le nom de Vicentinas, fondées par saint Vincent de Paul. Ces religieuses et des laïques de plusieurs cultures accueillent, dans l’un ou l’autre des 14 centres, des jeunes en quête de sens à donner à leur vie. Les enfants et adolescents d’Amanecer sont souvent le fruit des problèmes de drogue et d’alcool. Ils partagent avec bien d’autres enfants du monde l’arrivée précoce sur le marché du travail, la négligence et la violence familiales ou l’abandon dans les rues de la ville. Ces jeunes adolescents sans abri profitent de la distribution quotidienne d’un verre de lait et bénéficient d’un gîte pour la nuit. Les responsables de cette oeuvre vont même jusqu’à chercher des emplois avec ces laissés-pour-compte. Une fois engagés, ils continuent à être accompagnés : question de les motiver à garder leur nouveau gagne-pain. La corruption vécue par les adultes affecte ces jeunes. De plus, l’écart entre riches et pauvres s’accentue constamment.
Insertion à Solomón Klein
Avec les jeunes partenaires de la mission, jetons un coup d’oeil sur quelques traits caractéristiques de ces jeunes enfants de 0-5 ans de l’orphelinat Salomón Klein, un des centres parrainés par le programme Amanecer. Introvertis, ils parlent peu. On pourrait même croire à certains moments qu’ils sont muets. Ils accusent un retard de langage et manquent de stimulation et de discipline. D’où la difficulté d’une bonne communication. Il faut aussi comprendre que le personnel est restreint et les personnes qui travaillent à l’orphelinat n’ont pas nécessairement la formation requise.
La soif d’affection de ces enfants dérange notre sensibilité. Ils cherchent des bras tendus. Un seul petit geste à l’égard d’un enfant déclenche une joie profonde. Ce gamin ou cette gamine qui reçoit une attention particulière peut sourire cinq minutes d’affilée tant son bonheur est grand !
Joies bien particulières
S’il est vrai qu’Élaine, Annik, Anne et Stéphanie ont rapporté du soleil dans leurs bagages, elles gardent en mémoire le cas de Daisy de même que l’expérience d’une adoption. Oui, le coeur se souvient du visage heureux de Daisy, cette fillette avide de contacts humains qui, jour après jour, s’est laissée approcher, apprivoiser et aimer. De temps en temps, partage l’une des voyageuses, Daisy attendait que je m’assoie pour venir se mettre près de moi. La photo de Daisy révèle la tristesse et l’attente de l’enfant. Quant à l’expérience d’adoption, Élaine nous confie : Oui, j’ai été témoin de l’adoption d’un petit bébé de 9-10 mois par un couple qui rêvait d’avoir un enfant. Venus de la Suisse, les nouveaux parents ont dû demeurer six semaines à Cochabamba pour apprivoiser l’enfant et remplir toutes les formalités. J’ai été étonnée de constater avec quelle rapidité des liens d’amour et de confiance se sont tissés entre parents et enfant. Quelle belle histoire d’amour !
Fruits de l’engagement en terre bolivienne
Les voyageuses apostoliques communiquent les fruits de leur engagement comme suit : un premier fruit est de l’ordre du dépassement de soi; une impression de servir à quelque chose, mais surtout à quelqu’un. L’approche de ces êtres fragiles que sont les enfants nous révèle notre propre amour des enfants. D’eux, nous avons appris à nous laisser toucher sur le plan physique et affectif. Toutes les quatre, nous revenons différentes. Quelque chose est changé. Nous avons l’impression d’être habitées par une grande richesse intérieure. L’engagement des gens du milieu au service des autres a réveillé chez nous l’espoir; nous avons découvert une valeur nouvelle et importante : celle de la dignité humaine.
Autre fruit dans notre panier : une expérience intense, une chance unique de se découvrir un peu plus comme personne et d’explorer d’autres avenues. Alors, les relations humaines prennent de l’ampleur et de la valeur. Nous avançons ainsi sur notre chemin d’humanité. Au cours de ce séjour apostolique à l’étranger, la vie d’équipe nous offre une occasion en or d’apprendre bien des choses sur nous-mêmes et sur les autres. C’est exigeant mais combien enrichissant. Connaître les gens, épouser leur quotidien dans sa plus grande simplicité, se laisser interpeller par leurs préoccupations et leurs besoins de tous les jours nous ont permis de tisser des liens de solidarité avec les Boliviens, les Soeurs Vicentinas et les MIC, mais surtout avec les enfants.
Encore beaucoup à dire…
Revenues au pays en juin 2006, les yeux brillants, le sourire aux lèvres, Élaine, Annik, Anne et Stéphanie rayonnent la joie de vivre. Un enthousiasme sain est perceptible et, soulignent-elles avec un coeur débordant de tant de souvenirs : Nous aurions encore beaucoup à dire sur cette belle expérience qui est nôtre. Nous n’ajouterons qu’une chose : cela nous a donné l’occasion de réfléchir sur notre manière de vivre ici. Nous voulons faire grandir en nous le goût de l’engagement, prendre parti pour les petits et travailler au bien-être des autres. Rester dans l’action, car notre stage en Bolivie nous a donné des ailes !
Le Précurseur
Janvier - Février - Mars 2007