Kateri Diab a 25 ans. Orthopédagogue de formation et oeuvrant au sein de la Commission scolaire de Sorel-Tracy, elle a choisi de quitter, pour deux ans, le confort de sa profession, l'affection quotidienne de sa famille, de son copain et de ses amis, pour le travail de missionnaire laïque à Cochabamba, en Bolivie. |
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Je n’ai rien à donner Je marche dans les rues de Cochabamba. Je croise une femme de Potosi assise sur le trottoir avec ses petits enfants qui courent autour d'elle. On les reconnaît à leurs vêtements traditionnels. Elle me tend la main pour me demander de l'argent. Ça me brise le coeur à chaque fois. Lui en donner règlera-t-il sa situation ? Ne faudrait-il pas enseigner à pêcher au lieu de donner le poisson ? Tous ces gens dans la rue, souvent des jeunes, m'interpellent fortement. Où se trouve la racine du problème ? Nous, pauvres étrangers, quand nous arrivons, nous pensons tout régler avec notre argent, mais parfois, on ne répond pas aux besoins réels et on ne traite pas le problème à sa racine. Je n'ai rien à lui donner et je me sens bien impuissante, mais je lui fais un sourire pensant que nous sommes soeurs dans le coeur du Christ. Puis, je continue mon chemin avec la conviction que ce ne sont pas les étrangers qui sauveront la Bolivie, mais les Boliviens eux-mêmes. Il faut leur donner les outils et hausser leur estime de soi qui baisse face au pouvoir des étrangers. Je me dirige vers l'école spécialisée où je travaille, Consipe. J'ai décidé de m'impliquer dans le domaine de l'éducation. D'un côté, c'est ma spécialité et d'un autre côté, je crois qu'éduquer, c'est rendre chacun plus apte à se bâtir une vie meilleure. Au début de mon séjour, le système éducatif m'a beaucoup ébranlée : valeurs, discipline, méthodes d'enseignement, matériel, motivation des enseignants, tout était bien différent ! Avec le temps, j'ai dû admettre que c'était à moi à m'adapter. Comment changer les habitudes si on ne les accueille pas d'abord ? Je suis donc entrée dans ce système et peu à peu j'ai cherché des façons de l'améliorer en tenant compte du contexte, des gens et de leur culture. Je me rends compte que c'est tout un défi et mon séjour de deux ans me paraît à présent bien court. |
Construire la confiance En arrivant à l'école, quelques élèves me saluent. Ils sont une de mes plus grandes joies ! Le contact avec les enfants a toujours été pour moi magique, très énergisant. J'avoue, qu'avec les professeurs, ce n'est pas aussi facile. Certains me voient comme une menace : je dois construire peu à peu la confiance. D'autres me voient comme une experte de l'éducation ; je dois les amener tranquillement à me voir comme une collègue avec laquelle ils peuvent échanger et collaborer. Le samedi, je me rends à la Casa Azul rencontrer mon groupe d'adolescents : des jeunes à risque de se retrouver dans la rue à cause de leur milieu familial fort instable. Nous optons d'abord pour un travail de prévention ; ensuite, nous leur donnons une formation pour qu'ils deviennent des leaders positifs. Malgré leur comportement difficile dû à leur adolescence et à ce qu'ils vivent, je crois qu'ils ont beaucoup de potentiel. Je les aime vraiment et ils le sentent. Dernièrement, Wilfredo m'a dit qu'il me voyait comme une mère. Cela m'a touchée profondément. C'est fou la force que l'Amour peut avoir ! |
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En arrivant à la Casa azul, je vois Lucha et Anne, deux autres éducatrices. Nous discutons de ce que nous ferons ce soir. Je me suis créé un beau cercle d'amis à travers mes activités et mon travail. Cela m'aide beaucoup sur le plan affectif. Être loin de sa famille n'est pas chose facile ! Source de croissance Je vis dans une fraternité composée de religieuses et de laïques. Une vie pas toujours facile, mais qui demeure pour moi source de croissance personnelle : on doit apprendre à accepter et respecter les autres avec leurs différences, leur caractère, leurs habitudes… Toutefois, c'est un grand soutien pour moi; elles sont ma famille ici et je les aime beaucoup. Même si elles ne sont pas nées ici, les Canadiennes ont une connaissance approfondie de la culture, des traditions, de l'histoire de la Bolivie. Une bonne référence ! Grâce à mes amis Boliviens, je pénètre davantage le coeur du peuple; avec tristesse, je découvre leurs problèmes personnels et familiaux ! Plusieurs de mes amis ont des enfants dont la mère est partie au loin; d'autres se sont mariés jeunes à cause d'une grossesse et ne sont pas heureux comme couple. Il y a peu de sensibilisation à l'éducation sexuelle. De plus, dans les familles éclatées, les jeunes vivent avec de grandes carences affectives et cherchent à les combler par des relations amoureuses. En rentrant chez moi, je croise quelques jeunes amoureux dans les parcs. C'est triste de penser que dans la majorité des cas, ça tourne mal. |
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À l'école Mariane Frostig, Andréa, une enfant de 6 ans, pleure chaque jour en classe et ne peut supporter que son enseignante s'absente quelques minutes. Sa mère est partie pour l'Espagne et l'a laissée avec une tante qui, à son tour, l'a abandonnée. Andréa se retrouve maintenant avec une autre tante, mais elle garde en mémoire le souvenir douloureux de ces deux abandons déchirants. Plusieurs enfants sont victimes de cet exode massif des Boliviens vers des terres qu'ils espèrent meilleures. Comme vous pouvez le constater, la vie en Bolivie n'est pas facile, mais je garde espoir et je mets mon petit grain de sel avec tout l'amour que je peux donner. Comme le dit Mère Teresa : Ce que je fais, c'est une goutte d'eau dans l'océan; mais si je ne le faisais pas, il manquerait cette goutte… |