VIENS VOIR...

Par un soir ensoleillé, sur le chemin du retour de son travail à la maison, en moto, comme il le faisait chaque jour, Kevin réalise qu'il ne peut tout simplement pas continuer plus longtemps ce mode de vie !
par Kevin Gallagher

Avec une magnifique motocyclette turbo Honda CX650, un emploi bien rémunéré en dessin d'ingénierie, une Mercedes-Benz dans le garage, que peut-on demander de plus ? Et pourtant, par un soir ensoleillé, sur le chemin du retour de mon travail à la maison, j'ai vécu une transformation qui a changé ma vie. Trente et un ans d'opulence me sont apparus... comme un amas de poussière !

Une invitation dérangeante

Ce soir-là, en arrivant chez moi, je trouve dans ma boîte aux lettres une missive en provenance de Taïwan. Elle vient de Monette Ouellette, m.i.c. Celle-ci m'invite à venir travailler comme bénévole à Taïwan, en région rurale éloignée, dans un Centre pour enfants souffrant de déficience intellectuelle. Cela signifie quitter mon style de vie extravagant. Pourtant, cette idée éveille en moi le goût de me libérer de cette passion pour l'abondance, qui est le lot des riches et des puissants.

Je prends donc au sérieux l'invitation de Sr Monette et décide de m'engager pour trois ans. La transition du riche terroir du sud de l'Angleterre aux rizières de la campagne taïwanaise s'effectue avec des hauts et des bas; mais c'est à travers ces transitions, avec leurs bonnes et leurs mauvaises passes, leurs moments faciles et d'autres plus difficiles, que je suis amené sur la voie où je trouve réponse à deux de mes questions sur la vie. Être chrétien, qu'est-ce que cela signifie? Il me semble que prendre sa foi au sérieux implique plus qu'une fidélité à la messe dominicale. Et quel est le vrai sens de la vie ? Le désir de plus en plus profond d'une réponse à ces questions me pousse à chercher jusqu'à ce que je trouve.

Au départ, mes fonctions dans ce Centre sont variées : chauffeur, plombier, électricien, autrement dit, homme à tout faire. Puis, au bout d'une année, j'ai l'occasion de commencer une nouvelle oeuvre de charité, une première à Taïwan ! Elle consiste à développer des dispositifs de support technique peu coûteux et des appareils électroniques semi-complexes pour aider les patients gravement atteints de paralysie.

L'utilisation de mes compétences en informatique au profit des personnes handicapées a été pour moi une expérience formidable et bénéfique. Mais, ce que j'aime le plus, c'est le projet que nous avons commencé pour aider les personnes retenues à la maison par de graves handicaps. Lors de mes visites à leur domicile, je réalise à quel point ces gens sont heureux de vivre au sein de la société, parfois grâce à... quelques simples pièces d'équipement. Cela me procure un sentiment de satisfaction que tout l'argent du monde ne saurait acheter!

Une fenêtre sur le monde

Depuis 17 ans, je travaille à Taïwan et j'ai vu tant de vies transformées par quelques pièces d'une technologie toute simple... Souvent, il ne s'agit que de fournir un modèle adapté de fauteuil roulant, muni d'un dispositif de levage; ce qui fait toute la différence entre passer sa vie à regarder le plafond dans une chambre sombre et jouir d'une semi-indépendance dans son quartier, entouré de sa famille et de ses amis. En redonnant à quelqu'un une certaine mobilité, on lui permet, dans certains cas, d'accéder à un emploi et, du même coup, on rend aux aidants naturels une certaine liberté personnelle. Très souvent, grâce à la grande disponibilité et au bas prix des ordinateurs et de l'accès à l'Internet, la création d'appareils alternatifs peu dispendieux reliés à un ordinateur ouvre aux Taïwanais sévèrement paralysés une fenêtre sur le monde.

Peut-on imaginer ce que c'est que d'être atteint de paralysie depuis l'âge de 22 ans et, après vingt-six longues années au lit à regarder le plafond, toutes ses articulations complètement immobilisées faute de physiothérapie, de se voir enfin libéré grâce à une souris d'ordinateur activée par la bouche et à un contact par Internet? Une telle invention peut littéralement transformer une existence. Tel est le cas de M. Chen, maintenant un correspondant régulier qui, par le truchement de l'Internet, a réussi à se trouver un modeste emploi.

La souris à touche unique

Parfaitement lucide, mais complètement immobile, Mme Line de Taipei n'avait aucun moyen d'exprimer ses besoins physiques ou ses émotions. Elle souffrait de sclérose latérale amyotrophique; il lui fallait un ventilateur mécanique pour normaliser sa respiration. Un examen minutieux de la patiente m'a révélé sa capacité de remuer le doigt d'un centimètre. Au moyen d'une commande extrêmement sensible et d'un appareil que je nomme LA SOURIS À TOUCHE UNIQUE, elle peut maintenant communiquer en se servant d'un ordinateur personnel. C'est une joie de lire ses nombreux et longs articles qui ont été publiés; ils ont été réalisés grâce à ces deux pièces d'équipement très peu dispendieuses.

On pourrait ajouter beaucoup d'autres faits semblables... Tous ces événements m'ont permis de découvrir que la joie profonde de la vie n'est pas fondée sur la poursuite de ce but illusoire qu'est le bonheur, mais plutôt sur la découverte du sens de sa vie. La véritable invitation de notre foi semble nous éloigner de la stérilité et de la sécurité d'une vie de confort, et nous rapprocher des insécurités et des risques inhérents au partage de notre vie avec d'autres. C'est un appel radical et prophétique à la solidarité avec les démunis, les exclus. De cette solidarité jaillit tout naturellement la joie qui en est comme un véritable sous-produit. Les mots ne sauraient expliquer parfaitement une telle expérience. Je vous invite plutôt à venir voir vous-mêmes!

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