Un décor de simplicité !

Vivre auprès des démunis et des plus éloignés a toujours fait partie de l'idéal apostolique de Sr Elmire. Après plusieurs années en Amérique latine, elle travaille maintenant à Cajabamba, Pérou. Elle nous ouvre son carnet de mission où la vie se rythme au pas de l'âne, dans un décor empreint de simplicité pour ne pas dire de pauvreté.
par Elmire Allary, m.i.c.

La récolte des patates

Au milieu du peuple andin, je côtoie chaque jour des gens simples et attachants. Je rencontre des paysans qui transportent à dos d'âne leurs petits achats faits au marché ou un peu de bois de chauffage pour le vendre à la ville. Ici, on cuisine encore au bois dans les cours intérieures. Le progrès est lent. Les petits villages environnants, disséminés dans les montagnes n'ont pas encore d'eau potable, de services hygiéniques, d'électricité, de soins médicaux…

De l'imprévu au milieu du décor

Dans la petite ville de Cajabamba, située dans le diocèse de Cajamarka, c'est un peu différent. Au milieu de ce décor tout simple, l'ère moderne commence à poindre. Les cellulaires font leur apparition pour pallier au manque du service téléphonique. La publicité crée des besoins bien alléchants alors que l'essentiel manque à la maison !

Je vous raconte un fait cocasse ! Une situation impensable au Québec, mais qui fait partie de la vie ici. Au cours d'un petit voyage, je devais me rendre à la ville de La Paz. À six kilomètres de l'arrivée, voilè que le chauffeur du transport public, informé qu'il y a bagarres dans cette ville, décide tout simplement de stationner l'autobus sur un terrain vacant, aux abords de la route. À chacun de se débrouiller pour se rendre à destination ! Heureusement, je trouve une place dans un camion qui se rend au terminus de La Paz. Il me faut toujours être prête à remédier à l'imprévu.

Attachants, ces gens !

À la fin novembre, j'ai accepté d'être la marraine de baptême d'un garçonnet de 10 ans dont la garde a été confiée à la grand-mère. Après le dîner pris avec la famille, on me fait cadeau d'une belle poule et de deux cuyes ( cochons d'Inde ), tous bien vivants ! Un peuple discret, isolé, souvent dévalorisé, mais noble, tenace, généreux dans sa pauvreté. Il est encouragé par la ferme espérance que la future génération connaîtra un avenir meilleur. Voir des gens vivre si pauvrement sans se décourager fait grandir ma foi.

Le peuple andin ne connaît pas ses origines. Généralement, dans les Andes, la langue parlée est le quechua. Or, les résidents de Cajabamba s'expriment en espagnol. Selon l'Internet, la langue de leurs ancêtres, le culli, fut parlée dans la sierra nord du Pérou bien avant les invasions incas et jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Aujourd'hui, les citadins de Cajabamba ont complètement oublié leur langue maternelle, le culli, ainsi que le quechua. Et ils n'ont ni les traits ni le teint des Incas…

Un baptême dans les petits villages, Gisèle Guinois, m.i.c.

Sr Elmire et Sr Gisèle

Une vie menacée

Cajamarka, c'est la région d'où originaient dans les années 75-80 les terroristes appelés Sentiers Lumineux. Aujourd'hui, ils sont remplacés par des voleurs organisés qui perturbent la tranquillité des familles. D'où l'émergence des rondes campagnardes pour se protéger. Durant la nuit, elles veillent à la sécurité de leurs groupes de maisons et protègent les animaux. Pour se défendre, les rondes campagnardes parcourent la communauté, « armées » de sifflets, de bâtons ou de fouets tressés en peau de boeuf. Elles respectent les droits humains et ont leurs propres lois reconnues aujourd.hui par l'État. Au début les femmes n'en faisaient pas partie, mais rapidement elles ont adopté le rôle de pare-chocs, car en face des femmes, les voleurs se sentent déstabilisés. Malgré le machisme en vigueur dans ces zones,les femmes sont toujours présentes pour résoudre les problèmes.

Solidaires dans le travail…

L'Église n'est pas étrangère à ce que vivent les petites communautés. Au contraire ! Les chrétiens sont très actifs et s'engagent à la défense de la justice. Il se crée une grande solidarité entre les gens de la ville et des villages pour favoriser le développement et s'apporter un support mutuel.

Dans les petits villages, les gens choisissent un catéchiste pour les célébrations. Il a pour fonction la préparation des enfants à la première communion, aux baptêmes et participe à toutes les réunions au centre de formation à Cajabamba. Il est le bras droit du curé et une autorité locale. Les MIC aident ces caté chistes dans leur formation. Il en est de même pour les soins de la santé. Deux soeurs infirmières ont réuni les responsables de la santé et avec l'aide d'une spécialiste de la médecine douce, ils ont étudié comment utiliser les ressources naturelles à leur portée pour soulager bien des maux car les médecins se font rares ici.

Dans mon service de pastorale, je visite de temps à autre les gens de ces dix-sept petits villages attenants à la ville de Cajabamba. Ces populations entièrement rurales n'excèdent pas 400 à 500 habitants par village. Ils manifestent leur joie en m'accueillant toujours avec une bonne tasse de café que je ne peux refuser pour ne pas les blesser. Ces moments de gratuité sont précieux pour faire plus ample connaissance et partager sur les enjeux de la vie.

Notre engagement MIC comprend plusieurs volets : célébration dominicale, vie sacramentelle, visites aux différentes communautés, formation des catéchètes, administration, dîner hebdomadaire pour les vieillards dans le besoin… Sans oublier l'accompagnement des catéchistes et des groupes de jeunes ! Ici, à Cajabamba, nous sommes une fraternité de trois MIC : une jeune Péruvienne, Carmen Tito, et deux Québécoises, Louise Laberge et moi. Nous rendons grâce au Seigneur pour cette mission qui nous est confiée et que nous aimons ! Nous la vivons avec chacun et chacune de vous qui nous accompagnez de mille et une manières. Toute notre reconnaissance !

Les longs chemins à parcourir

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