Une chance pour… « las Chispas »

Durant les années vécues en terre bolivienne, il y a une chose primordiale que j'ai apprise de la femme bolivienne : Quand on en a la chance on peut changer ! Peu importe qu'elle vienne d'un milieu rural ou urbain, qu'elle soit instruite ou analphabète, qu'elle soit des hauts plateaux ou des vallées, la femme bolivienne a en réserve des ressources inexploitées prêtes à s'épanouir au premier rayon de soleil.
par Monique Bigras, m.i.c.

Pour la majorité d'entre elles, la violence et la peur sont leur pain quotidien, l'égalité des sexes et les droits de la femme, une grande inconnue. J'ai vu, bien souvent, naître timidement le soleil d'un sourire et l'aube de la confiance dans leur regard surpris et encore incrédule. C'est avec beaucoup de doigté, d'amour et de respect que les MIC et le personnel laïque du I.E.R. (Institut d'Éducation rurale) s'approchent pas à pas de ces femmes pour leur offrir les outils qui leur permettront de se prendre en main. Il faut y mettre du temps et de la patience pour que la vie reprenne son sens tant au plan humain que professionnel et spirituel.

L'Institut d'Éducation rurale (I.É.R.)

Les femmes campagnardes sont au coeur du projet de l'I.É.R. Venues de tous les coins du pays, elles sont accueillies à l'Institut pour une période de deux ans. Tout est si différent de leur coin de terre, ce qui les intimide grandement, mais petit à petit des portes s'ouvrent et les cours leurs permettent d'avancer sur ce chemin si nouveau et déstabilisant. Elles sortent de leur isolement, partagent leurs expériences, s'entraident et retrouvent une certaine dignité à travers leurs activités.

L'Institut d'Éducation rurale (I.É.R.) a été fondé en 1958 par un prêtre bolivien. Plus tard, à la demande de l'évêque du diocèse de Cochabamba, Gaëtane Guillemette, m.i.c., a repris l'oeuvre. Aujourd'hui, après 50 ans de cheminement avec la femme quechua, nous pouvons cueillir des fruits dans la joie et l'action de grâces. Lors de la fête du 50e, Cristina Calderon, une ancienne de l'I.É.R., est venue de Titicachi (un long trajet) pour témoigner du chemin parcouru. Cette campagnarde a rassemblé 500 femmes de sa région. Ensemble, elles ont formé une coopérative de couture et de broderie. Cette initiative, née du coeur d'une jeune campagnarde formée chez nous, permet aujourd'hui à ces femmes de trouver une source de revenu fort appréciable leur permettant de vivre décemment et ainsi de donner à leurs enfants la possibilité d'une vie meilleure.

Des progrès notables

Aujourd'hui comme hier, l'I.É.R. n'a qu'un rêve : donner à la femme campagnarde bolivienne la chance de retrouver l'estime d'elle-même, lui fournir les outils nécessaires lui permettant de s'affirmer, de se libérer des contraintes sociales qui depuis trop longtemps l'emprisonnent, enfin de changer sa vie et la vie des femmes de la communauté rurale. Pour plusieurs, ce qu'elles ont appris à l'Institut devient une source de revenu, quand trop souvent hélas le mari abandonne le foyer les laissant sans recours.

À l'I.É.R., les jeunes campagnardes ont la chance de finir leur secondaire et même pour certaines la chance d'apprendre à lire, écrire et compter. Certaines reçoivent une formation comme infirmières auxiliaires ou comme aides-vétérinaires. Les certificats qu'elles obtiennent sont maintenant reconnus par l'université et offrent la perspective d'un emploi mieux rémunéré. D'autres, de retour dans leur village, deviennent de petites femmes d'affaires dans le milieu agricole : vente d'oeufs, de poules ou de cochons d'Inde, etc. Même une once de confiance en soi, ça change une vie !

À la prison des femmes

Un autre groupe de femmes réclament aussi leur droit à vivre debout, les prisonnières. Obtenir la permission de les visiter n'est pas chose facile et pouvoir leur venir en aide encore moins, mais c'est possible ! Rose-Alice Rousseau, m.i.c., en a fait l'expérience. Ces femmes oubliées croupissent de nombreuses années dans ce milieu si peu salutaire des détenues. Pourquoi sont-elles là ? Souvent pour un délit mineur : vente ou possession de drogue est à l'origine de leur incarcération. Sr Rose-Alice les visite depuis plusieurs années, leur enseigne la broderie et la coupe. Elle les encourage surtout à reprendre goût à la vie, à se prendre en mains lors de leur sortie et à gagner un peu d'argent pour subvenir à leurs besoins.

Pour ces femmes, les prisons de Bolivie deviennent leur milieu de vie. Elles y vivent avec leurs enfants. Ceux-ci sortent pour se rendre à l'école et reviennent à ce qui est pour un temps leur foyer. Les maris ont droit à de courtes visites occasionnelles. Vous vous en doutez bien, c'est là un milieu malsain pour de jeunes enfants. Il y existe une proximité insupportable, un grand espace séparé par des rideaux offre à chaque détenue avec ses enfants, un gîte de six pieds par huit pieds. Cette cohabitation ne favorise pas un changement de vie : bruit, vol, disputes, jalousie, tout contribue à rendre la vie difficile.

Comment prévenir des habitudes de toxicomanie si elles sont laissées à elles-mêmes par les instances gouvernementales. Ce n'est pas évident pour ces femmes de prendre la parole, de réclamer leurs droits. Mais grâce à la création de petites entreprises d'artisanat, les femmes s'organisent, réussissent à gagner un peu de crédibilité et à prendre la parole au sein de leur communauté. Il y a encore beaucoup à faire pour la défense des droits des femmes et pour l'égalité des sexes. Cependant, on peut noter des progrès remarquables quant à la reconnaissance et au respect des droits des femmes… Et c'est fort encourageant !

J'ai toujours aimé appeler les jeunes campagnardes Chispas (étincelles) car je crois vraiment qu'il suffit d'une simple étincelle pour allumer un grand feu. Oui, quand on en a la chance on peut changer !

Retour Précurseur Index          Sommaire          Accueil