Fleur de brousse
Responsable d'un département d'obstétrique dans un hôpital de Londres en Angleterre, Chrissie nous raconte la beauté et le bienfait d'une longue amitié.
En janvier 2006, Chrissie apprend le décès de Soeur Marie-Paule. Avec beaucoup de gratitude, elle fait parvenir à Soeur Pauline Longtin quelle connaît bien, une lettre dictée par son coeur. Elle propose que son parcours bien particulier soit publié.
Vers la fin des années 50, un ingénieur écossais vient mettre sa compétence au service du gouvernement du Malawi, un pays du centre de l'Afrique. Selon la coutume, une maison ainsi qu'un personnel d'entretien sont mis à sa disposition. Quelques temps plus tard, la ménagère et cuisinière africaine devient enceinte et doit se retirer. Elle donne naissance à une petite fille mulâtre et la nomme Chrissie. La jeune mère, célibataire, est très pauvre et élève son enfant péniblement. Puis, vient l'âge où Chrissie entre à l'école. Là, sa route croise celle d'une Missionnaire de l'Immaculée-Conception : Soeur Marie-Paule Gaudreau. Cette religieuse va marquer sa vie de façon déterminante. Le père de Chrissie, très malade, retourne en Écosse. À la fin de sa vie, il révéele éa sa famille l'existence de l'enfant.
Bien chère Soeur Pauline,
Laissez-moi vous rappeler ce que Soeur Marie-Paule, mon amie et seconde mère, fut au coeur de ma vie. Je rends grâces à Dieu pour la vie de cette femme de Dieu, vraie missionnaire. En 1966, les Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception ouvrent une maison à Mzimba au Malawi. Soeur Marie-Paule porte son attention sur moi, une petite fille de 3e année. Elle découvre que je vis avec une mère célibataire dans une hutte de terre, près du couvent. À l'école où elle enseigne la religion, j'arrive première à l'examen de fin d'année. Comme il y a des prix pour les trois gagnantes, je choisis un chapelet. Touchée, Soeur Marie-Paule comprend que c'est très important pour moi. Elle voit aussi que j'aime assister à la messe du matin. Comme elle tient à me garder à l'école, elle m'invite au couvent, le soir, pour m'enseigner les mathématiques et superviser mes devoirs. Elle me donne même du travail supplémentaire pendant qu'elle s'occupe à d'autres activités, puis revient vérifier. Ces gestes deviennent essentiels à ma réussite. Je me souviens aussi des bons biscuits faits avec elle et mon amie Theresa. Quel délice !
En 1969, elle pense m'envoyer au pensionnat de Katete, dirigé par les MIC. Elle en discute avec ma mère mais celle-ci avoue être sans argent; de plus elle ne sait ni lire, ni écrire. Soeur Marie-Paule demande alors l'aide de son frère, tout heureux de pouvoir collaborer. En 1972, j'entre à l'école secondaire de Bwaila, à Lilongwe capitale du Malawi. Là encore, elle est heureuse et fière de mes succès, elle s'occupe de tout. Elle visite ma mère, la met au courant de mes études et de mes progrès, jamais elle ne l'oublie. Elle est pour elle un réconfort spirituel et affectif. Nous étions unies dans cette aventure !
Un jour, j'apprends que mon père est encore au pays. Je le cherche et découvre qu'il travaille à Kasungu. Je lui téléphone : il semble heureux de m'entendre. Il veut m'aider financièrement, mais je lui dis que je veux simplement le connaître et que mes études sont réglées grâce à une religieuse. Sans tarder, il écrit à Soeur Marie-Paule pour lui expliquer la situation et la remercier, ainsi que les autres MIC qui s'occupent de moi. Il désire rembourser leurs dépenses et ajoute : "Je ne pourrai jamais vous rendre tout l'amour que vous avez pour Chrissie." Je n'ai jamais pu rencontrer mon père, mais "ma seconde mère" a eu cette opportunité.
Quand le chemin devient sombre, elle me rappelle la présence de Dieu qui fait briller la lumière au bout du tunnel. Quand les choses sont trop lourdes à porter, elle et ma mère sont avec moi, m'assurant que Dieu m'aime et qu'il se charge de mes fardeaux.
Après mes études, je décide d'entreprendre un cours d'infirmière. Je ne suis pas admise cette année-là, quelle déception ! Ma mère me dit: "Pourquoi être triste ? Dieu ferme-t-il toutes les portes ?" et Soeur Marie-Paule : "Dieu ne s'occupe-t-il pas de toi ?" Sur l'heure, elle téléphone à Soeur Marie-Stella à l'école d'infirmières de l'Hôpital St.John's à Mzuzu afin de faciliter mon entrée. Malgré deux mois de retard, elle a confiance que je puisse rattraper le temps perdu et... je le fais !
Plus tard, je retrouve la parenté de mon père en Écosse. Soeur Marie-Paule me rejoint et fait la connaissance de ma tante Marie et de mon oncle Graham. En 1997, avec mon mari Keith ,je viens à mon tour, la visiter dans sa propre famille à Rimouski au Québec. Elle me présente ses soeurs, Blanche et Huguette, sa belle-soeur Jacqueline, et sa nièce Claire : un peu ma propre famille. Même séparées, nous sommes unies, soit par notre correspondance, soit par des conversations téléphoniques. Elle s'intéresse é mon parcours d'études : en Irlande, puis à Londres pour mes cours de sage-femme et autres. Elle partage mes plus grandes joies : mon mariage et la venue de mes deux enfants.
Aujourd'hui, je loue le Seigneur pour cette missionnaire incomparable qui m'a encouragée et inspirée tout au long de ma vie. Elle en a aidé bien d'autres. Quel magnifique travail elle a réalisé avec des groupes d'handicapés. La plupart de ces jeunes ont été par la suite accueillis et acceptés par les gens de leur village. Je tiens aussi à remercier les MIC qui m'ont accueillie à bras ouverts, particulièrement celles du Malawi, sachant qu'elles sont toutes mes mères et mes soeurs.
Je remercie Délia Tétreault pour son rêve et son courage à réaliser cette oeuvre qui pousse tant de femmes à suivre Jésus et à se donner à tous comme lui. Que le Seigneur vous bénisse pour les merveilles que vous accomplissez ! Que l'Esprit Saint vous accompagne de sa grâce !
par Pauline Longtin, m.i.c., et Chrissie Hay
Soeur Marie-Paule écrivait dans sa dernière lettre : " Chrissie... je t'aime !" En retour, je dis : "Moi aussi je vous aime ! Reposez en paix!"