DE LA MONTAGNE À LA VILLE

Originaire des Philippines, Elizabeth Relacion, m.i.c., a consacré dix années à l'évangélisation des Tagalcaulu, une nation autochtone de la province de Mindanao dans le sud des Philippines. Les chefs de la tribu ayant demandé une chapelle, un premier lien a été établi par un groupe de prêtres. Puis, une équipe d'évangélisation composée de 2 religieuses M.I.C., dont Elizabeth, et de quelques laïcs a suivi.

EN ROUTE !

Apprendre une langue autochtone est le point de départ pour tout missionnaire. Grâce à l'hospitalité d'un des chefs qui l'a accueillie dans sa famille, Elizabeth y a consacré trois mois. Elle a pu ainsi tisser avec eux des liens d'amitié durable et créer un partenariat indéfectible pour l'édification de leur communauté chrétienne. Sa tache primordiale consistait à organiser la communauté dont les besoins étaient criants. Or, les autochtones vivent en petits villages épars çà et là en montagnes... Bravement, Elizabeth a pris son bâton de pèlerin et les a toutes parcourues! Elle y consacrait la moitié de chaque semaine et parvenait ainsi à visiter deux ou trois montagnes par jour. "Au début, j'avais la responsabilité de sept communautés; à la fin, soixante! Je n'ai jamais été aussi en forme qu'en ce temps-là!"

Dès qu'elle arrivait dans une communauté, Elizabeth se rendait soit dans les cuisines, soit dans les champs pour aider les femmes dans leurs corvées. Elle y glanait toutes les petites nouvelles de la petite communauté. Pendant ce temps, les prêtres, au village, discutaient avec les hommes de la construction de la chapelle, de son financement, des affaires publiques. À la fin de la journée, religieuses et prêtres se réunissaient et, mettant en commun leurs informations, parvenaient à tracer un portrait complet de la communauté.

SAVOIR ÊTRE LÀ

Ce qui a commencé par le projet de bâtir une chapelle à la demande des diverses tribus a vite abouti en de nombreux projets d'aide humanitaire pour résoudre une soudaine famine, un grave problème d'alphabétisation, l'absence de soins médicaux de base, des méthodes d'agriculture peu productives, etc. "Quand nous arrivions dans une nouvelle tribu, nous cherchions toujours à connaître leurs besoins."

C'est dans cette contrée montagneuse qu'Elizabeth a commencé à prendre conscience de sa vocation : être là près des gens, avec eux, et célébrer la vie ensemble. "C'est ce que Jésus a fait : il allait vers les gens. Marie aussi est allée vers sa cousine Élisabeth lorsqu'elle était enceinte. Nous aussi, nous sommes envoyées vers l'autre."

Il y a eu des incendies, Elizabeth a pompé l'eau avec les villageois. Il y a eu une famine, elle est allée voir l'évêque et la nourriture est arrivée. Il y a eu des élections, elle a passé la nuit à veiller sur les urnes. Au marché, elle s'informait de tous, les écoutait, priait pour eux, les invitait aux réunions de prière, leur insufflait la confiance qu'ensemble ils pouvaient se sortir de la pauvreté. "Ce sont les choses simples qui font toute la différence."

DE MANILLE À MONTRÉAL

En 1995, Elizabeth, fille d'un pays de soleil, a été envoyée en mission à Montréal. Évidemment, l'adaptation a pris un certain temps :ici, on parle souvent avec les gens au téléphone plutôt qu'en personne; on s'appelle en soirée... Sans oublier l'hiver canadien!

Après 25 ans de vie religieuse comme Missionnaire de l'Immaculée-Conception, elle avait la joie de découvrir les sources de son Institut, les lieux de sa fondation. Recueillie sur le tombeau de la fondatrice Délia Tétreault, elle a ressenti un appel intérieur: "Prends soin de mon peuple!". Ce qui l'a confirmée dans sa voie.

Elizabeth travaille en ce moment à la Mission catholique philippine de Montréal; son activité principale : l'éducation à la foi des adultes. Dans cette communauté paroissiale des plus vivantes où les familles sont activement impliquées, toutes générations confondues, elle "fait l'expérience de la famille de Dieu au coeur de la cité". Les enfants y ont toute leur place. "J'en ai d'ailleurs fait mes nouveaux professeurs de français! Les enfants ont bien des choses à nous enseigner!"

Ces gens ont peu de moyens et travaillent six jours par semaine. Leur seule et unique journée libre, ils choisissent de la vivre en communauté paroissiale.

VISITE À DOMICILE

Cependant, son apostolat de prédilection, ce sont les visites à domicile. Elles lui permettent de se rapprocher des gens, d'échanger avec eux à propos de leurs difficultés, de leur vécu. "Les conversations qui naissent de ces rencontres nous transforment. Elles nous rendent consciemment sensibles à la Présence de Dieu, à son action dans nos vies. Bien sûr, Dieu est toujours là, à tout moment, tout instant... c'est nous qui ne le sommes pas toujours! Ma présence, ma visite nous révèle mutuellement Dieu qui se trouve déjà en nous-mêmes."


GROUPES DE PRIÈRE À DOMICILE

À l'initiative des paroissiens, des groupes de prière se sont formés. Il s'agit d'une "équipe volante" de familles qui en visite d'autres après la messe dominicale et prie avec elles. C'est aussi une façon de créer des liens avec les personnes qui sont trop malades pour se rendre à la messe.

Elizabeth est souvent invitée à se joindre à eux, ce qu'elle fait souvent, car elle se veut disponible pour ceux qui ont besoin d'elle. "Le temps est une grande richesse. En Orient, nous avons beaucoup de temps. Ici, dans ma ville d'adoption, les gens sont pauvres de temps."

UN NOM, UNE MISSION

"Mon prénom, Elizabeth, signifie pour moi "là où se trouve Dieu". C'est mon nom de baptême... un don de Dieu... une vocation! Aller où se trouve Dieu, c'est me rendre chez l'autre, découvrir Dieu à l'oeuvre, m'en émerveiller et en rendre grâces. C'est pourquoi je continue de prendre la route, tel un pèlerinage, non plus pour gravir les montagnes des Philippines, mais pour aller là où le Seigneur m'envoie, vers une autre culture, une autre façon de faire, d'autres personnes. Le plus merveilleux, c'est que je deviens l'évangélisatrice évangélisée par mon travail, ma Visitation. Je suis une missionnaire comblée!"

Entrevue avec Elizabeth Relacion par Marie-Eve Homier

Le Précurseur - Avril-Mai-Juin 2005

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