Des femmes font leur marque
M Z I M B A, M A L A W I, A F R I Q U E
De la double réalité pauvreté-chômage,
des femmes de Mzimba ont tiré une leçon, celle de la force qui réside
dans l'unité de leurs efforts pour transformer leurs villages en un milieu
social où les gens peuvent vivre dans la dignité.
Arrivés au carrefour de Kazomba à environ 10 kilomètres
de Mzimba, informez-vous du chemin à prendre pour vous rendre au village
de Chinombatchaya; là, vous rencontrerez un groupe de femmes vaillantes.
Une visite guidée
Ces femmes venues de plusieurs villages se sont concertées pour former des clubs qui, aujourd'hui, prouvent avec fierté leur compétence en gestion. Je vous invite donc à une visite guidée aux lieux de leurs projets, fruits d'un travail ardu et consciencieux. Allons tout d'abord à l'étang piscicole.
Ce projet de la culture du poisson a demandé beaucoup d'efforts vu que les femmes ont creusé l'étang de leurs propres mains. Nous avons là plus de 350 chambos; nous avons commencé avec 150 alevins qui se sont multipliés et, bien sûr, nous avons déjà eu deux récoltes, dit Sophirate Chirwa, présidente du Tazingwa Women's Group.
Le projet de pisciculture a non seulement procuré aux femmes un revenu financier grâce à la vente du poisson, mais il devient aussi une source de protéines pour les familles des membres.
Ces femmes ont la conviction que leur initiative porte des fruits. Elles ont lancé leurs projets à la suite d'une session de formation, Training For Transformation (TFT), organisée par les Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception (MIC).
Mme Chirwa souligne que cette formation vise à les conscientiser aux problèmes de leur milieu et à suggérer des solutions possibles. Elles ont identifié plusieurs problèmes, dont la pauvreté, conséquence directe du manque d'emplois pour leur mari, du manque d'argent pour acheter de l'engrais, de l'analphabétisme et du déboisement. Cette prise de conscience a provoqué le besoin de se mettre ensemble afin de relever ces nombreux défis.
À Chitemwabo, le Tipenje Women's Group se distingue par son travail assidu afin de sauver les poissons après une grande sécheresse. Nous avions beaucoup d'eau ici, dit Caroline Phakati, mais cette année, le soleil a été trop chaud et les pluies très rares. Il nous fallait sauver les quelques poissons encore en vie. Courageusement, les femmes ont transporté l'eau puisée au puits pour maintenir le niveau d'eau nécessaire aux poissons de l'étang.
Des besoins comblés
Rien n'arrête ces femmes tenaces et décidées d'aller de l'avant. Arrêtons-nous au village principal où se trouve une lapinière. Là encore, ce projet a exigé une initiation sur l'entretien des lapins. Les femmes intéressées se sont mises à la tâche et voilà que ces aimables petites bêtes leur procurent maintenant une bonne source de revenus et elles voient à maximiser la production et les profits. Les gains de ces ventes permettent d'acheter des produits de première nécessité pour leurs familles.
Agogo Lucia Nyirenda, qui a 65 ans, est extrêmement fière du projet. Elle affirme que depuis ses débuts en 2001, il a fait naître un nouvel espoir de survie dans les villages.
Sous le chaud soleil d'Afrique, les femmes nous entraînent devant une belle végétation surprenante dans ce lieu plutôt désertique. C'est la FORÊT DU VILLAGE dit l'une d'elles, résultat d'un programme de reboisement. Le Tasingwa Women's Group s'occupe de planter des arbres d'origine locale et des arbres exotiques sur une vaste étendue de terre. Actuellement, les gens, et tout particulièrement les membres du club, y ont accès moyennant une petite cotisation au profit du groupe. Cet argent est déposé au compte du groupe pour servir à d'autres projets communautaires.
Ces projets habilitent les femmes à utiliser des ressources naturelles. Par exemple, l'art du compostage a suscité beaucoup d'intérêt grâce auquel chaque groupe a maintenant son propre jardin et peut cultiver les légumes de son choix.
Rien ne se fait sans peine
Au début, l'ensemble des projets visait un groupe de femmes en particulier, mais devant le positif du rendement plusieurs groupes se sont formés. Les MIC collaborent de plus en plus concrètement à oeuvrer avec elles pour contrer les problèmes auxquels font face les femmes de la région et pour les encourager à la persévérance.
En plus des revenus générés par nos projets, dit Mme Phakati, nous avons aussi bénéficié de la formation pour développer nos talents et notre solidarité entre nous. L'initiative nous a appris à devenir autosuffisantes et nous utilisons toutes les ressources disponibles pour améliorer les moyens de gagner notre vie.
Le projet a aussi montré à d'autres que la
persévérance rapporte et que l'adage ON N'A RIEN SANS PEINE est
vridique.
Lorsqu'en 2004 un groupe d'une dizaine de femmes décidèrent de
former le Chitemwano Women's Group sous l'égide de la même
initiative, certaines croyaient que ce serait très facile. Maintenant
nous ne sommes plus que cinq et celles qui ont abandonné le regrettent,
dit la présidente du groupe, Anita Theu. Celle-ci a toutes les raisons de
sourire car le projet Chitemwano s'avère l'un des meilleurs pour enrayer
la pauvreté parmi ses membres.
Ces femmes sont maintenant expertes dans l'élevage des porcs. Elles ont à nourrir les bêtes, nettoyer et entretenir la porcherie. Nous prévoyons que nos six gros porcs nous aideront à pourvoir à nos besoins quand nous commencerons à les vendre. Le projet vise également à inculquer aux gens le sens de l'autonomie et de découvrir des moyens de gagner leur vie par l'utilisation des ressources disponibles dans le milieu.
Une transformation continue
Pour avantager les enfants à fréquenter l'école, les femmes ont conscientisé leurs proches et dans un grand projet d'ensemble se sont donné la main pour bâtir une école. Elles avaient un terrain vacant à leur disposition mais difficile d'accès à cause de la rivière souvent en crue. Alors, hommes, femmes et enfants se sont mis à l'ceuvre, les uns transportant le sable, d'autres les roches, l'eau et le ciment et voilà que le pont et l'école ont pris place pour assurer l'instruction des enfants.
Au dire d'Anita Thieu, ces projets réalisés ensemble ont exercé une influence fort importante dans notre transformation. Nous n'avons plus cette mentalité de dépendance que nous avions auparavant. Notre collaboration et le support des Soeurs MIC nous ont aidées à devenir autosuffisantes et à avoir un regard d'espérance face à l'avenir.
Marie-Theresa Katongo, m.i.c.
Le Précurseur
Octobre - Novembre - Décembre 2006