UNE PERCÉE DANS LA FOI

Ses parents viennent de Canton et de Sun Wui en Chine. Tous deux bien ancrés dans la tradition bouddhiste vivent dans la prospérité sous la dynastie Ch’ing. À la fin de cette période, ils déménagent à Hong Kong et élèvent une famille de six enfants. L’aînée naît prématurément et on lui donne le nom de Ka-Lok (qui signifie bonté).

par Claudette Bouchard, m.i.c.

Au cours de son enfance, la petite Ka-Lok a appris à connaître ses ancêtres : à la maison, il y avait un oratoire qui leur était consacré; la famille faisait ses dévotions et offrait de l’encens pour les défunts. De plus, Ka-Lok visitait les temples bouddhistes régulièrement avec sa famille et apprenait les enseignements de Bouddha. Le dharma, comme on l’appelle, enseigne que toute souffrance vient de l’attachement, en particulier lorsqu’il provient de désirs mondains.

Pour leur fille aînée, les parents caressaient le rêve d’une bonne éducation et l’apprentissage de la langue anglaise. Ils inscrivent donc Ka-Lok à l’école catholique St. Mary dirigée par les Soeurs Canossiennes. Dans ce milieu, elle entend parler de Dieu et, dans sa petite tête d’enfant, elle s’efforce de faire des liens avec les valeurs familiales : Lorsque mes professeurs me parlaient du Dieu Unique, j’en suis venue peu à peu à comprendre que Bouddha ainsi que tous mes ancêtres étaient les saints de Dieu.

L’APPEL DE DIEU SE FAIT ENTENDRE

Au fil des ans, le coeur de Ka-Lok devient attentif à l’appel de Dieu. Elle veut être baptisée et accueillie dans la famille de Dieu : J’ai longtemps gardé secret mon désir d’être baptisée jusqu’à ce que l’une de mes amies le révèle à mes parents. Bouleversés, perplexes, profondément attristés, ils ne pouvaient comprendre ma logique, mon choix, ma décision. Néanmoins, à l’âge de 16 ans, j’ai donné suite à mon projet sans leur consentement. La veille de Noël 1948, à l’église du Saint-Rosaire de Hong Kong, une enseignante catholique devient ma marraine de baptême où je reçois le nom de Magdalena en l’honneur de Magdalen Canossa, fondatrice de la communauté religieuse des Canossiennes.

Jeune chrétienne, Magdalena poursuit ses études. Elle entend de nouveau l’appel de Dieu à le suivre cette fois dans la voie étroite. Avec sagesse, elle consulte son guide spirituel, mais son conseil la surprend : Comme tu es l’aînée de six enfants, tu as un devoir envers ta famille. Ils ont besoin de ton aide, il te faudra donc attendre et leur assurer ton soutien.

LA RENCONTRE AVEC LES MIC

Une fois diplômée, Magdalena enseigne dans des écoles dirigées par les Soeurs Canossiennes. Elle est aussi membre de la Légion de Marie, mouvement apostolique du laïcat catholique dont les membres adoptent un programme équilibré de prière et de service aux démunis. Magdalena reçoit la mission d’introduire la Légion de Marie parmi le corps enseignant et les élèves de l’école Good Hope. C’est là qu’elle rencontre pour la première fois les Soeurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception.

Cette communauté missionnaire mariale, ayant pour devise Que la Vierge Immaculée soit connue d’un pôle à l’autre, donne à Magdalena le désir d’en savoir davantage sur ce groupe religieux international. Son appel à suivre Jésus dans la voie étroite persiste. En 1958, elle décide donc de tout abandonner pour devenir aspirante dans cette congrégation mariale. Elle doit informer ses parents de sa décision. En apprenant que je veux devenir religieuse, mon père me donne une réponse sincère et réconfortante. Je fais confiance à ta décision. Souviens-toi que tu seras toujours chez toi ici, dans ta maison. Et j’espère que tu ne quitteras pas Hong Kong.

UN NOM BIEN CHOISI

Mais Magdalena quittera Hong Kong. Elle sera envoyée aux Philippines pour sa formation religieuse. Et, en entrant chez les MIC, elle conserve une devise qui la fait vivre : Oui, Père, je veux faire ta Volonté. Pendant six ans, elle ne recevra aucun appel téléphonique, aucune visite de sa famille. En 1962, peu avant de prononcer ses premiers voeux, elle doit choisir un nom religieux. Elle pense à sa mère et à son père; de tout son coeur, elle souhaite qu’eux aussi viennent à croire au seul vrai Dieu. Ces pensées lui donnent l’inspiration de prier Marie et Joseph de les guider; elle explique : Pour le salut de tous les membres de ma famille, je prends le nom de Maria pour ma mère et de Joseph pour mon père.

En 1973, le désir de Soeur Maria-Joseph se réalise. Son père, à l’article de la mort, demande le baptême, et sept ans plus tard, sa mère malade est à son tour accueillie dans la famille de Dieu en tant que catholique baptisée. Le Seigneur est tellement bon ! s’exclame Soeur Maria-Joseph dont le nom civil est Magdalena Leung.

Tout au long de ses années de mission, Soeur Magdalena a réalisé qu’avec Dieu tout est possible. Que ce soit à Hong Kong, à San Francisco, à Vancouver, à Montréal, peu importe où le Seigneur la conduit, elle a la conviction que le Dieu Unique qu’elle a appris à aimer et en qui elle a mis sa confiance est à l’oeuvre au coeur de son peuple. Aujourd’hui, en plus d’enseigner le français et l’anglais au personnel de la garderie de l’église catholique chinoise de Montréal, elle parcourt joyeusement les rues à la rencontre de jeunes et de moins jeunes pour partager avec eux la vision spirituelle qui l’habite. Sa prière exprime ses plus profondes aspirations :

Père, je vis dans ta miséricorde,
fais que je possède la Paix.
Malgré mon imperfection,
tu m’aimes comme je suis.
Avec joie et gratitude, je prie pour la Paix.
Je vis un jour à la fois,
un moment à la fois.
Que ta Volonté soit faite !

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Avril - Mai - Juin 2007

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