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DIEU SANS FRONTIÈRES La lecture du livre Femmes sans frontières, qui raconte l'histoire plus que centenaire des MIC, a éveillé chez Sr Lorna bien des souvenirs et des rêves. À l'instar de ces pionnières, elle a eu le privilège de marcher dans le sentier des missions lointaines. Après 17 ans vécus au Japon, Sr Lorna poursuit aujourd'hui sa route en terre vietnamienne.
Aux Philippines, à l'école primaire, j'étais fascinée par les MIC qui nous parlaient des missions d'Afrique. Je rêvais qu'un jour je serais comme elles, que je prendrais soin des enfants malades. Ce rêve, je l'ai réalisé en entrant chez les MIC. Mais ce n'était pas l'Afrique qui m'attendait, c'est au Japon que j'ai atterri, à l'âge de 36 ans. |
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Un dérangement nécessaire Il m'a fallu étudier le japonais pendant trois ans avant de m'exprimer dans cette langue avec une certaine facilité. J'avais déjà appris l'anglais, le français et l'espagnol, mais aucune de ces langues n'était comparable au japonais. Malgré la difficulté de la tâche, j'ai misé sur ma détermination et la grâce de Dieu. Après 17 ans de mode de vie au Japon, je maniais les baguettes adroitement, je buvais du thé, je mangeais du poisson cru et des fruits de mer, je chantais, j'écrivais, je pensais et j'enseignais en… japonais. Les quatre saisons, les beautés de la nature et l'environnement propre et paisible m'attiraient au point de songer à devenir une religieuse bouddhiste ! Par souci de respect et d'authenticité, je souhaite évoquer brièvement cet attrait ressenti pour le bouddhisme et non pas en diminuer la portée en le masquant par une fausse légèreté. La pratique Zen, les temples bouddhistes entourés d'une nature belle et généreuse m'ont touchée profondément. J'ai réalisé que cet attrait répondait à un désir d'une communication plus profonde et intime avec Dieu. J'ai le sentiment que je m'occupais alors de trop travailler pour Dieu et non pas de laisser Dieu m'investir et me transformer. Dans le calme et la méditation, Dieu reprenait ses droits et je revivais cette communion si féconde et si nourrissante. Ce dérangement intérieur a approfondi ma relation à Dieu. Un de mes amis, moine bouddhiste, me l'a exprimé un jour en me disant qu'il me trouvait plus épanouie. Et il avait raison, c'est ainsi que je me sens aujourd'hui. |
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Le retour à la case départ Puis, un jour, ma supérieure générale m'envoie au Vietnam. J'avais exprimé mon désir d'aller à cet endroit avant même qu'on me le demande. Mais quand est venue « l'annonciation », j'ai aussi ressenti une certaine crainte. Dans quelle situation me trouverai-je en pays communiste ? C'est avec un mélange d'appréhension et de vive émotion que je suis partie pour le Vietnam. À cinquante-trois ans, il me faut désormais apprendre une autre langue qui ressemble un peu au cantonais. Le vietnamien, même s'il s'écrit avec un alphabet, a 6 tonalités et au moins 12 voyelles. Je le trouve tout de même plus facile que le japonais. Je ressens souvent les restrictions propres à un régime communiste. Après presque trois siècles de révolutions et de guerres, dans un pays devenu libre et uni avec tous ses gains et ses pertes, le peuple Vietnamien a émergé résilient, entrepreneur, travailleur, reconnaissant et fervent dans sa foi. C'est un peuple très intelligent et talentueux. Ce siècle ainsi que le prochain seront sûrement leur époque et ils deviendront ce que Dieu a dans son plan pour eux. Un an s'est écoulé depuis et, encore aujourd'hui, je remercie le Seigneur pour chaque jour vécu au Vietnam. Les Vietnamiens sont chaleureux et généreux. Chaque jour, je me lève, parfois avec difficulté, à quatre heures du matin pour aller à la messe de cinq heures. Avant et après la messe, les gens s'arrêtent devant la grande statue de la Vierge pour prier en silence. Ce geste impressionnant manifeste leur grande dévotion à la sainte Vierge. Les chants liturgiques de l'Eucharistie me transportent au ciel chaque jour. |
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Au pays des 9 dragons J'habite Can Tho City, une ville située au centre du delta où se déverse le fleuve Mekong après avoir traversé la Chine et le Cambodge. Ici, le fleuve se divise en 9 grandes rivières d'où son nom : 9 dragons. C'est très plaisant d'aller dans les marchés flottants à 4 heures du matin : les rivières se remplissent de bateaux chargés de fruits et de légumes et les commerçants sautent lestement d'un bateau à l'autre. On y trouve des aliments frais en abondance. La cuisine japonaise me manque par moments; toutefois le régime vietnamien comporte aussi des nouilles et du riz accompagnés d'une multitude de sauces. Je peux aussi continuer à manger avec des baguettes comme j'aimais le faire au Japon. Le costume vietnamien appelé ao dai ( prononcé aw yai ) est vraiment joli et élégant. Les jeunes le portent comme uniforme blanc au secondaire ; il est aussi porté dans certains bureaux ou grands magasins et lors d'occasions spéciales. À l'heure des classes, tels de beaux anges, les étudiantes vêtues de leur ao dai se précipitent à vélo dans tout le quartier. Les religieuses le portent également, mais en noir et… moins ajusté. J'aime le porter aussi. |
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Un avenir rempli de promesses Une religieuse peut être perçue comme une menace surtout lorsqu'elle est peu connue. Dieu faisant son oeuvre, les Vietnamiens se rendent compte qu'une religieuse ne vient pas pour déstabiliser l'ordre établi, mais pour accompagner simplement les gens face aux vicissitudes de la vie. Je sens confusément que ma relation à Dieu se trouvera enrichie d'une façon ou d'une autre par cette expérience. Avec le temps, je me découvre aimante et contemplative. Mes expériences missionnaires m'apprennent que Dieu est sans frontières, qu'il habite le coeur de chaque personne. C'est pour cela essentiellement que je me sens une femme sans frontières. |
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