Du virtuel au réel
Cartables sous le bras, le coeur fier et le pas décidé, Rosenelle Lagredelle et Marie Mona Henry partent pour leur cours en administration à l'université de Quisqueya, Port-au-Prince, Haïti. Elles ont fini leur devoir et ce matin elles le présentent à la classe : un projet réalisable qui doit s'autofinancer. Les deux MIC haïtiennes ont travaillé fort pour arriver à ce résultat.
Présentation du projet virtuel
Ce projet a pris racine dans une réflexion communautaire qui visait à favoriser la promotion féminine par l'érection d'une école secondaire. Les unes étaient favorables, d'autres voulaient travailler plus directement avec l'Église au service des pauvres. Nous désirions regrouper les forces dans une nouvelle insertion. Les défis de la session sur la gestion étaient de mettre sur pied une PME (Petite et moyenne entreprise), il n'était pas question d'un organisme charitable. Le projet devait être rentable. Et on s'est dit: tout à coup que ça marcherait.
Avec l'aide des professeurs et encadrées par des experts, Rosenelle et moi sommes mises à l'oeuvre. Pas question d'emprunter aux Banques, les intérêts sont trop élevés et elles ne sont pas intéressées à investir dans les écoles. Alors que faire? Microsoft est un bel exemple ! Bill Gate a vendu des parts à ses employés pour qu'ils se sentent copropriétaires et travaillent avec plus d'efficacité. Résultat: l'entreprise devient plus performante. Nous nous sommes dit: Nous vendrons des actions de 50 gourdes (10 $) aux gens, 60 % des parts seraient pour les MIC et on pourrait demander des fonds à des organismes. Les professeurs en écoutant notre projet nous ont dit: Si votre communauté ne prend pas ce projet, donnez-le nous. Dans mon for intérieur je me disais : Ce projet serait réalisable et répondrait aux besoins du milieu et de la communauté qui cherche des moyens d'autofinancement.
Virtuel mais réalisable
C'était un rêve qui m'habitait et j'en parlais à qui voulait l'entendre. Tellement que l'idée a fait son chemin et ensemble les Soeurs MIC d'Haïti l'avons présenté à la Supérieure générale et à son Conseil. Après étude du projet et au coeur de l'année centenaire de la fondation de notre Institut (2002) nous recevions une réponse favorable. Nous avions déjà le terrain et des fonds pour commencer les fondations de cette école secondaire et la confiance en la divine Providence.
Le but du projet : Accompagner les filles pour qu'elles deviennent des citoyennes responsables participant à leur propre développement culturel avec ouverture aux problèmes mondiaux.
Donner une éducation de haut niveau leur permettant de s'intégrer et de s'adapter aux exigences de la globalisation. Inviter les jeunes femmes des zones environnantes à profiter du service de ce complexe éducatif. Des cours du soir ou de vacances pourront s'ajouter pour permettre aux adultes de se donner une formation professionnelle.
L'Institut haïtien des Statistiques et d'Informations affirme que dans la population de 6 ans et plus, 31,8% des femmes et 22,8 % des hommes n'ont jamais fréquenté l'école. Vu l'importance de l'éducation des filles dans le développement des sociétés au plan socio-économique et voulant répondre aux exigences de leur mission, les Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception érigent donc ce complexe éducatif qui recevra le nom : Institution Mère Délia, (IMD). Cette école répond à l'objectif des MIC d'Haïti qui travaillent d'une manière concrète à la promotion des femmes, à la pastorale familiale et contribue de façon significative à la reconnaissance et au respect des droits de la femme et des pauvres.
Concrétisation du projet de l'école secondaire
Nous intéressons les gens du quartier afin que l'établissement devienne leur école. Le gouvernement nous a construit une bonne route qui mène à l'école et nous avons aménagé le terrain. Début modeste par quelques classes mais nous avons été vite encouragées par l'efficacité et par la joie des parents. Nous avions besoin de ressources financières pour continuer la construction. Nous avons écrit au-delà de mille lettres à nos parents et amis, aux industriels et commerçants et à des organismes.
Plusieurs se sont donné la main pour nous aider: l'ambassade du Japon, la Nonciature Apostolique, les MIC des autres provinces, les ASMIC du Canada et combien de bienfaiteurs et bienfaitrices ! Les commerçants nous faisaient de bons prix pour le ciment et le fer et plusieurs activités ont permis d'être constamment en chantier de sorte qu'aujourd'hui, la construction n'est pas encore achevée mais nous avons au-delà de 750 étudiantes réparties dans 17 classes.
Nous ne donnons pas de bourses d'études mais je puis dire après information dans le milieu scolaire que notre école est la plus accessible des écoles privées quant à la mensualité et à la qualité des structures. Nous offrons des chaises-pupitres pour chaque élève qui jouit d'un mètre carré d'espace dans les classes, ce qui est très rare en Haïti. Les parents sont contents et l'école répond à un grand besoin du milieu.
Projet d'une grande solidarité
Les gens du quartier se sentent responsables de leur école. Notre voisin Monsieur Chou-Chou surveille les élèves qui arrivent en retard, il est toujours devant sa maison à l'heure de la rentrée. Il est venu nous voir pour nous dire : N'acceptez pas du tout que les élèves de l'IMD soient dans la rue après 7h30 du matin. Une grande sensibilisation s'est faite concernant la propreté de l'environnement. Les voisins disent : Les soeurs cherchent à rehausser la valeur du quartier et vous, vous venez jeter vos déchets… pas question !
Ce que je retiens de tout cela, c'est l'esprit avec lequel tout se vit. Esprit de solidarité fraternelle, de partage de la part de nos généreux donateurs et donatrices. Occasion bénie de rejoindre le meilleur de tous ceux et celles qui y participent. Je leur dis : Investir dans une école c'est construire un pays. Chaque fois que j'en ai l'occasion je laisse voir aux ouvriers la grandeur de leur travail. Quand vous creusez, pelletez, transportez la terre, vous pouvez choisir de bien faire votre tâche pour gagner une vie meilleure pour votre famille, c'est très noble, mais quand vous construisez une école, vous investissez dans l'éducation du peuple. C'est grand ce travail !
Nous avons encore de grands projets pour l'école. Nous commençons le laboratoire de chimie et de physique, nous avons de bons professeurs et nous souhaitons acquérir les instruments! Nous avons fait confiance à la Providence à l'exemple de Délia Tétreault, notre Fondatrice. Je rends grâce à Dieu pour toute cette merveille qui s'opère sous nos yeux et mon coeur est rempli de gratitude.
Marie Mona Henry, m.i.c.
économe en Haïti
Le Précurseur
Octobre - Novembre - Décembre 2006