Voir les signes

Vivre en Afrique, au Malawi, demande une écoute attentive et surtout des yeux bien ouverts pour voir les signes de détresse et les besoins les plus pressants. Au milieu du siècle dernier, les missionnaires ont ouvert des écoles et des centres de santé pour répondre aux urgences du moment.
par Louise Lefebvre, m.i.c.

Les années '90 ont été pour nous, MIC, une période de transition. Nous avons compris l'importance de former du personnel local pour qu'il soit en mesure de prendre la relève dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Le sida : un signe ?

Aujourd'hui encore, certaines conditions de vie nous interpellent. Depuis plus de vingt ans, le sida fait des ravages. Malheureusement le petit bourg de Mzimba, dans le nord du Malawi, n'a pas été épargné et il vit d'autres problèmes : le village a vu ses jeunes et ses moins jeunes partir pour les grandes villes en quête de travail et revenir chez eux malades, pour y terminer leurs jours. L'an dernier, à Mzimba, beaucoup d'enfants en bas âge, orphelins de père et de mère, étaient laissés seuls. Pour les autres membres de la famille, c'était une charge trop lourde que celle de les recueillir, les nourrir, les vêtir et leur procurer l'éducation de base…

À l'oeuvre

Nous avons donc pensé d'offrir à un groupe de ces petits les mêmes avantages que reçoivent les enfants qui ont leurs parents. Une ébauche de projet prend donc forme. On se met à l'ouvrage pour transformer des locaux existants : grâce à l'aide de quelques bienfaiteurs canadiens, des menuisiers, des peintres et des électriciens sont embauchés. Pendant ce temps, d'autres préparatifs importants s'effectuent : la formation des éducateurs! Au Centre où la méthode Montessori est enseignée, Charity, une jeune MIC malawienne reçoit sa formation et termine ses études avec brio. Et en janvier 2007, s'ouvrent les portes du Délia's Garden, une maternelle qui accueille une quinzaine d'orphelins de familles incapables de subvenir à leurs besoins.

Le Délia's Garden

Sr Charity accueille chaleureusement son petit monde et voit aux besoins immédiats : leur donner à manger, les laver et les vêtir. Puis, petit à petit, s'établit un certain rituel de vie… Les enfants apprennent leur alphabet; chacun a une petite responsabilité au jardin d'enfants et personne ne doit faire le travail de l'autre ! N'est-ce pas là une préparation immédiate à leur vie future ?

La cour extérieure offre des jeux multiples fort attrayants : trapèzes, balançoires, échelles, roues tournantes ; tout est adapté à leur taille et à leurs forces. Autour de la maternelle, des petits arbustes et des fleurs lui donnent un air joyeux et coquet. On apprend aux enfants à ramasser les feuilles séchées pour les composter : ils prennent soin de leur petit coin de planète !

Dans la classe, les dessins de poules jaunes, roses ou bleues ornent les murs pour la grande fierté des artistes en herbe. Tout heureux, les enfants ont joué à… donner des noms à leurs poules !

Première graduation

Onze mois plus tard, Délia's Garden bourdonne d'activités : ce sera bientôt la graduation ! Pauline Brodeur, m.i.c., taille et coud des mantes et des chapeaux pour les enfants. Diplômes, fête, costumes, tout contribue à la joie des petits. Chacun reçoit un prix d'excellence et… l'uniforme pour entrer en première année du cours primaire !

Le Délia's Garden voit partir ses premiers « gradués ». D'autres petits orphelins du sida viendront bientôt les remplacer et remplir de leurs cris et de leurs jeux le Délia's Garden… Ils sont de plus en plus nombreux ces chers petits !

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