JÉSUS ÉTAIT-IL UN BÉNÉVOLE ?
Grâce à eux, grâce à elles, le fonctionnement de multiples organismes est assuré avec efficacité. Et plusieurs événements connaissent un franc succès parce que gracieusement ils et elles y consacrent des heures et des heures. LES BÉNÉVOLES !
par André Gadbois
Frères et sœurs créés
à l'image et à la ressemblance de Dieu
Photo: Chrétiens-Médias, Paris
Le dictionnaire définit les bénévoles ainsi : Qui font quelque chose sans être rémunérés, sans y être tenus. Font sans obligation, à titre gracieux. Je pense au scoutisme, aux conseils d'établissement dans les écoles, aux cliniques de sang, aux Petits frères des pauvres, à La Maison des Enfants dans le quartier Hochelaga, à l'initiation chrétienne des enfants en paroisse, au Catéchuménat de Montréal, au Mondial Choral à Laval, au Tour de l'Île, aux nombreux groupes de grands-parents dans les écoles primaires du Québec..., même aux bénévoles dans les partis politiques ! Ils donnent de leur sang, de leurs sueurs. Ils méritent notre reconnaissance et notre respect. Plus souvent qu'autrement, ils travaillent dans l'ombre et pourtant ce sont eux qui procurent tendresse et réconfort lors de situations déplorables et de sinistres.
UN BÉNÉVOLE EN PROCÈS
Donner de son temps, penser aux autres, religion, amour, bénévolat, Jésus... proches parents tout ça? même famille? synonymes... ou presque ? Jésus était-il un bénévole, lui qui a dit : Préoccupez-vous d'abord du Royaume de Dieu et de la vie juste qu'il demande? (Mt 6,33) N'est-ce pas de cela que se préoccupe le bénévole : des autres ? Si oui, comment se fait-il que ce grand bénévole de Judée et de Galilée se soit ramassé en procès, abandonné par à peu près tout le monde, puis crucifié comme un vulgaire criminel? Les puissants comme les plus démunis n'ont pas perçu en lui leur intérêt : pour les uns, son action BÉNÉVOLE était un sérieux obstacle à leur extension, pour les autres, son BÉNÉVOLAT ne réglait pas leurs problèmes. Pourrions-nous oser dire qu'il ne servait pas leurs intérêts comme ils l'espéraient?
Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu! (Mt 22,21) Il a fallu l'Esprit du Ressuscité pour qu'apôtres et disciples (tous bénévoles) comprennent que les lois, organismes et organisations, structures et pouvoirs appartiennent à César, qu'ils sont nécessaires, et toutefois qu'ils doivent être contestés dans la mesure où ils enchaînent la Vie qui, elle, appartient à Dieu. Il leur a fallu une conversion pour qu'ils reconnaissent qu'existe une réalité supérieure aux visées de ce monde, le Royaume de Dieu, et qu'ils doivent la faire passer avant leur intérêt individuel, corporatiste, national, religieux. Le sens de cette parole de Jésus les a secoués : Heureux les coeurs pauvres... (Mt 5,3), dépouillés, désencombrés, dénués de tout confort et de tout calcul, car ce sont eux qui sont artisans et artisanes du Royaume. L'Esprit de la Pentecôte leur a fait percevoir que parfois les retombées non évidentes d'une loi, l'existence d'un organisme caritatif, la complexité d'une structure, les abus d'un pouvoir légal, amputent la Vie, s'éloignent de la justice et freinent l'avènement du Royaume de Dieu.
UN BÉNÉVOLE QUI DÉRANGE
Jésus n'a jamais recherché son intérêt : sous la mouvance de l'Esprit, il a su discerner ce qui servait l'intérêt de ses frères et soeurs créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, et il a fait des choix et pris des positions dont il ne pouvait pas ne pas mesurer les graves conséquences pour lui-même. Son Évangile contient des paroles dures et difficiles quand nous décidons de nous mettre au service de nos frères et de nos soeurs, de faire du bénévolat: ne pas attendre de récompense; perdre sa vie; faire passer le Royaume du Père avant son père, sa mère, son petit groupe, son parti; se faire soi-même le prochain de l'autre quel qu'il soit; être persécuté à cause de Lui; veiller et tenir notre lampe allumée en toutes circonstances... L'Esprit du Seigneur ne cesse de souffler pour nous déranger et nous sortir de notre confort, de notre ravissement, de notre quiétude, de notre bonne conscience de bénévole : oui, j'ai le tablier noué à la taille, mais suis-je en train (et à long terme) de servir mon prochain, de lui permettre de déployer son autonomie, de le mettre debout? Se peut-il que certains services, rendus par le bénévole que je suis, permettent à César de négliger la justice, d'en profiter pour soigner son image et nourrir ceux et celles qui sont déjà amplement nourris ? Suis-je esclave de mon bénévolat, aveuglé par lui au point de fuir le silence, la solitude, mes proches ?
SEIGNEUR, RALLUME MA LAMPE!
Jésus fut-il un bénévole? Libre à chacun et chacune d'y répondre. Mais à la fin de ce texte, moi qui suis un bénévole (et l'âge de la retraite est un terreau tellement fertile pour le bénévolat), je me demande plutôt si je suis habité par l'Esprit du Ressuscité dans les choix que je fais et les positions que je prends, si je me laisse acheter ou endormir quand je donne du temps, si j'accepte de faire rallumer ma lampe par Celui qui a vaincu les ténèbres.
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