
Nés il y a plus de de deux mille ans en Israël, les chants poétiques que sont les psaumes incarnent encore aujourd'hui la prière du monde.
Traduits en français et dans les langues vernaculaires depuis Vatican II, les psaumes sont devenus de plus en plus familiers au peuple chrétien. Cris, supplications, prières, chants de louange et d'action de grâce, la Bible nous présente les psaumes comme une source inépuisable pour nourrir la prière des croyants.
COMME AUTANT DE MIROIRS
Les historiens soutiennent que la plupart des psaumes partagent une origine très ancienne, même probablement païenne pour certains. Ils auraient été adaptés, par la suite, à la foi d'Israël. Beaucoup de psaumes ont été composés spontanément par des croyants; leur création était ensuite adoptée par leur communauté pour exprimer à Dieu leur foi et leur fidélité. L'auteur était vite oublié. D'autres psaumes, enfin, étaient parfois remaniés, pour les besoins du culte. David, roi hébreu très connu, a organisé la liturgie d'Israël. On lui attribue d'ailleurs la composition de quelques psaumes. Poète, la Bible le présente aussi comme un joueur de cithare doué.
Rassemblés en un livre appelé psautier, les 150 psaumes se font l'écho d'une humanité bien réelle, avec ses larmes et ses joies, comme autant de miroirs de révoltes et de fidélités, d'agonies et de résurrections, d'hier et d'aujourd'hui.
PSAUMES OU POÈMES?
On n'aborde pas les psaumes de plein fouet! Ils demandent qu'on les apprivoise, qu'on se familiarise avec eux, qu'on brise leur écorce, parfois un peu rude, pour en extraire la sève. Cela exige un certain effort, et… de la patience. Si l'on cherche dans les psaumes une poésie pieuse et édifiante, on risque d'être déçu. Joseph Gelineau, jésuite français, pionnier du chant liturgique et des psaumes en français précise que la poésie des psaumes n'est pas à chercher dans le sentiment subjectif. Elle tient d'abord à un phénomène linguistique parfaitement objectif : l'alternance binaire entre les moments où ça parle et les moments où ça ne parle pas. L'homme qui pousse un cri d'appel ne fait pas de phrases. Il condense son message en peu de syllabes. Les mots s'emplissait ainsi de puissance sonore et émotive.
Pour le poète, l'artifice du discours discontinu est la condition même de son art : il décompose le discours ordinaire et le recompose pour que, dans la nouvelle forme créée par lui, les mots s'emplissent de sens et de goûts nouveaux, d'idées et d'émotions encore non dites et non entendues.
LES GRANDES FAMILLES DE PSAUMES
Tous les psaumes n'ont pas la même tonalité spirituelle. Certains chantent la beauté de la Création ou célèbrent la gloire du Créateur. D'autres expriment l'attitude confiante et suppliante de l'humanité devant Dieu. Beaucoup sont des appels au secours, des cris de détresse ou d'humbles requêtes. D'autres encore rendent grâce à Dieu pour sa bonté et sa miséricorde. Certains psaumes, enfin, sont de véritables méditations sur la condition humaine ou cherchent à livrer un enseignement à partir de l'expérience des "sages".
Jésus a prié les psaumes, de même que Marie, les apôtres et les premières communautés chrétiennes. C'est pourquoi ils sont devenus la prière officielle de l'Église. On les retrouve dans tous les rassemblements liturgiques chrétiens.
LA PRIÈRE DU MONDE
Si les psaumes expriment tous les sentiments humains, il devient difficile de faire une lecture uniquement "intimiste" et personnelle des psaumes. Ces prières pathétiques, surgies du creuset de toutes les souffrances, particulièrement de l'oppression et de l'injustice, prennent une acuité plus intense encore quand la conscience des hommes et des femmes devient planétaire. Prier les psaumes, confie Michel Hubaut, prêtre français, c'est pour moi greffer ma petite histoire sur une Histoire, celle du Peuple de Dieu. Une Histoire qui concerne tous les hommes. Découvrir qu'il n'y a, finalement, qu'un seul Peuple qui chante, tâtonne, avance, recule, repart.
Les psaumes peuvent donc devenir la prière de chacun et de chacune et, en même temps, celle de la communauté qui les récite ou les chante. Cependant, à travers chaque personne qui prie les psaumes, tous les pauvres et les opprimés de la terre font entendre leur plainte et leur espérance. C'est Jésus lui-même, identifié à jamais aux affamés et aux sans-abri, aux démunis et aux petits, qui éleve sa prière et son appel.
Les psaumes, que Jésus priait, ont aussi structuré son dialogue avec son Père. Ainsi, prier les psaumes, c'est s'associer à la grande voix du Christ, à celle de l'Église et à celle de toute personne. On ne prie jamais seul... avec les psaumes.
UNE TRADITION VIVANTE
Comment expliquer que, depuis près de trois millénaires, des millions d'hommes et de femmes relisent ces poèmes inlassablement durant toute leur vie et que le goût spirituel qu'ils y trouvent croisse sans cesse? Les psaumes ne seraient-ils pas habités par une Présence?
Les Juifs, qui composaient et priaient les psaumes, vivaient dans la foi leur situation personnelle et les événements de leur histoire. Les priants d'aujourd'hui, en reprenant ces mots, y trouvent eux aussi l'expression de leur misère, de leur recherche de Dieu, de leur louange. Ces poèmes, mâchés, ruminés, changent les regards et les coeurs.
On peut aussi faire une lecture chrétienne des psaumes. Le plus grand priant de ces chants religieux d'Israël, Jésus de Nazareth, est aussi le Messie dont ils ont annoncé la venue, la mort et la résurrection. Ainsi, prier les psaumes, c'est prier avec Lui. Pour nous, chrétiens, qui reconnaissons en Jésus de Nazareth le Messie promis par Dieu, nous croyons que Son Esprit habite ces prières juives. Il nous les fait comprendre, nous les fait goûter de l'intérieur, en fait pour nous une nourriture quotidienne et en révèle toute la saveur.
Traduits dans toutes les langues, chantés sur des mélodies grégoriennes ou propres aux cultures de chaque pays, repris par plusieurs musiciens classiques (César Frank, Mozart, Palestrina) et par de nombreux artistes contemporains, les psaumes expriment encore la prière du monde et demeurent des poèmes à utiliser comme autant de miroirs d'humanité.
Paulette Gagné, m.i.c.
Article de la Revue Le Précurseur
Janvier-Février-Mars 2006