L'amour en héritage

Depuis Jean qui annonçait des temps nouveaux jusqu'à Délia et ses MIC bergères de l'amour, une chaîne de veilleurs a entretenu ce Feu nouveau pour que l'Humanité ne meurt pas de froid. Depuis 90 ans, la revue LE PRÉCURSEUR maintient notre espérance en appétit en nous faisant connaître leur travail et leur foi.
par André Gadbois

J'ai entendu parler d'un homme envahi par la tristesse et la colère devant ce qu'il voyait quotidiennement chez son peuple, comment son peuple était réduit à l'inconsciente consommation, à l'itinérance obligée et à la mort à petit feu. Il s'appelait Jean et se vêtait d'étrange façon. Quand son ton enflammé rejoignait les petites ruelles, les places publiques et les bordures de lacs, on venait à lui, ai-je entendu dire, on désirait le suivre, on désirait être plongé et baptisé dans l'eau. Et lui disait à ces gens : Ne sombrez pas dans l'illusion que ça va s'arranger tout seul. Virez de bord, changez de « toune », commencez vous-mêmes à allumer d'autres feux car c'est ce que fera Celui que je vous annonce. Il allumera un Feu nouveau qui réchauffera la « p'tite vie » et apeurera la grosse ! Ainsi Jean reprenait le discours des prophètes qui, depuis des siècles, entretenaient dans leur peuple dispersé et domestiqué la promesse d'une lumière qui viendrait chasser les ténèbres et d'un messie libérateur de toutes les oppressions.

La nouveauté du feu

L'annoncé est venu et il a allumé ce feu nouveau comme l'avait déclaré Jean qu'on nomme LE PRÉCURSEUR, celui qui met en appétit, celui qui ouvre la voie à plus grand que soi, celui qui annonce des jours meilleurs. Mais la nouveauté du feu inquiéta Jean qui crut nécessaire d'envoyer à Celui qu'il avait lui-même annoncé, des messagers pour « vérifier » le statut de ce messie : Es-tu vraiment celui qui doit venir? Car, ai-je appris, il y avait de quoi vérifier car ce messie au travail traitait d'égal à égal avec l'étranger, guérissait autant des païens que des gens de son peuple, n'excluait personne, brassait la cage de la loi religieuse et de ses traditions, recherchait la simplicité et la discréion, pardonnait même à ses ennemis, appelait Yahvé son « papa » et faisait passer l'amour et la justice avant les rituels et la langue de bois. À la place de Jean, moi aussi j'aurais « vérifié » car son messie n'y allait pas de main morte et dépassait les bornes.

Veiller jusqu'à l'aurore

Aux enquêteurs qui «vérifiaient», le messie nommé Jésus de Nazareth a répondu Voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont rendus purs, les sourds entendent et les morts se lèvent. Voilà de bonnes nouvelles pour les pauvres (Lc 7,22). Et, en citant des paroles du prophète Malachie (3,1), Jésus en profita pour leur souligner à eux et à la foule que Jean était bel et bien ce précurseur et ce messager choisi par Yahvé pour préparer la venue de ce Feu nouveau. L'Amour que révélait et manifestait Jésus dépassait les bornes et les limites plantées autant dans l'esprit de Jean que dans celui des Douze; il les arrachait à ce repliement foetal tatoué sur notre coeur à notre naissance. On tenta bien de circonscrire ce Feu étonnant et de l'éteindre car il devenait contagieux et dangereux, mais un coup de vent épouvantable, du jamais vu, lui a redonné toute sa vigueur. Une vigueur qui motiva au cours des siècles des millions de coeurs à devenir veilleurs, gardiens du feu, bergers de l'amour et à veiller jusqu'à l'aurore pour que le monde ne meure pas de désespérance.

Quand le feu semble mort et l'espoir assassiné, des Vincent de Paul, des Abbé Pierre, des Martin Luther King, des Mère Teresa, des Docteur Julien, des Dorothy Day… se lèvent et y jettent des bûches d'amour pour réchauffer l'Humanité : réchauffer ceux et celles qui ont froid, qui ont faim, qui sont malades, qui sont dans l'ignorance, qui sont abandonnés et méprisés. Ces veilleurs sont connus, de nombreux et nombreuses autres le sont moins et accomplissent un travail semblable. Délia Tétreault qui répétait souvent à ses soeurs : Soyez des âmes de feu ! avait vu, il y a 90 ans, l'importance de faire connaître le travail de ses gardiennes du Feu parties au loin.

Ainsi la revue LE PRÉCURSEUR permit et continue de permettre aux lecteurs et lectrices de réfléchir sur la nécessité pour la foi chrétienne d'avoir des mains, de lire des témoignages et des expériences vécues en mission, d'être éveillés à l'entraide internationale et aux problèmes du sous-développement, de développer des liens de solidarité avec les missions, de connaître la spiritualité de Délia Tétreault et de ses gardiennes du Feu, de porter attention à la pauvreté et à la marginalisation, de s'impliquer dans les projets des MIC et de les faire connaître. La revue permet de prendre conscience, de reconnaître et de rendre grâces pour ces témoins de l'Amour qui dépasse les bornes.

Une chaîne de veilleurs

Il y a eu Jean le précurseur, Jésus le messie, les Douze, Paul, et toute cette chaîne de veilleurs qui ont passé le témoin à leur équipier ou équipière pour garder allumé le Feu de l'Évangile. L'Évangile porte des fruits… chaque fois qu'un humain qui souffre trouve un autre humain pour lui tenir la main. Grâce à la revue LE PRÉCURSEUR, une multitude de lecteurs et lectrices ont pu être émerveillés par l'Amour en héritage et y communier à leur façon.

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