Comme MARIE, prendre le virage prophétique
de la MISSION et de la JUSTICE
Voué spécifiquement à la mission à l'étranger, l'Institut MIC a été placé dès sa fondation sous l'égide de Marie, la première missionnaire, l'apôtre par excellence. En s'inspirant de son rôle dans l'avènement du Salut et de la louange jaillie de son coeur, nous pouvons discerner le visage contemporain de la mission, celui de son incarnation dans le monde d'aujourd'hui. Démodée, la mission ? Plus actuelle que jamais !
par Benoît Fortin, o.f.m. cap.
Le Précurseur (Oct-Nov-Déc 2005)
LA SITUATION DE LA PLANÈTE et de l'Église nous renvoie aux sources profondes de notre foi dans cette culture nouvelle. La Charte mondiale des femmes pour l'humanité comme le dernier Forum mondial de Porto Alegre, au Brésil en janvier 2005, ont lancé des cris d'alarme et convoqué a une vie nouvelle : Cette charte mondiale des femmes pour l'humanité appelle les femmes et les hommes, et tous les peuples et groupes opprimés du monde à proclamer individuellement et collectivement leur pouvoir de transformer le monde et à modifier radicalement les rapports qui les unissent pour développer des relations basées sur l'égalité, la paix, la liberté, la solidarité et la justice (Charte mondiale des femmes pour l'humanité). Notre vie chrétienne doit se situer dans ce grand mouvement de résistances et d'alternatives pour défendre la vie sur la planète et opérer un virage global, car un autre monde est possible. Comme Marie, nous nous sentons envoyés pour construire un monde de justice et de paix.
Comme Marie, nous enraciner dans le mouvement subversif du Dieu de la Vie
Marie, en femme fidèle au Dieu de ses Pères et de ses Mères, s'est située dans le grand projet du Dieu de la Vie. Elle savait que son Dieu entend les cris et montre son vrai visage quand il libère les esclaves, qu'il a mal à notre souffrance comme une mère qui a des entrailles. Il se tient d'une façon privilégiée là où la vie est menacée, mais aussi là où la vie se réorganise. Marie savait encore, comme l'ont rappelé les Prophètes, que le vrai culte se vérifie dans la bonté envers les faibles et dans le travail de justice.
La vie de Marie fut changée par Jésus qui s'est fait SOLIDARITÉ dans la chair et le sang de l'histoire avec ce que l'humanité souffre, aime et espère : Et le Verbe s'est fait chair et il habité parmi nous (Jean 1,14). En proclamant les Béatitudes et la venue du Règne, Jésus annonçait que la vie des pauvres allait changer. Jésus s'est situé avec les exclus, hommes et femmes, allant jusqu'à s'identifier à eux, et son projet de vie en abondance a heurté les puissants qui l'ont assassiné. Les disciples de Jésus, à contre-courant, sont prêts à risquer leur vie pour que le Règne arrive dans l'énergie de son Esprit.
Marie chante le changement en faveur des petits
Marie célèbre le monde de justice qui vient. En faisant sien le chant prophétique du Magnificat, Marie s'est située dans toute la tradition prophétique du peuple de Dieu. Marie est un modèle pour sa vigilance aux signes des temps, pour son intériorité, elle qui gardait intensément toutes ces choses dans son coeur. Le Magnificat proclame son enracinement dans son histoire et sa passion ardente pour Dieu qui fait pour nous des merveilles, mais qui dérange les puissants de leur complicité : Que nous prenions Marie comme guide et qu'avec elle nous chantions le Magnificat comme un avertissement prophétique servi aux superbes, aux puissants et aux riches qui ne veulent pas entendre le cri des pauvres (Marie-Paule Sanfaçon, m.i.c., supérieure générale, 10 novembre 2004).
Au pied des croix de l'humanité crucifiée, Marie, mère des Douleurs, est sans cesse en visitation pour reconnaître les signes du Royaume. Dans son Magnificat, elle chante son émerveillement devant les changements de l'histoire. C'est le chant de la prophétesse au regard perçant qui voit les avancées du Règne de Dieu dans le relèvement des pauvres et l'arrivée de la justice. Ce cantique de Marie a été considéré dans certains pays comme un chant dangereux qui incitait à la révolution. Une théologienne engagée du Brésil en a parlé avec admiration : Le chant de Marie, le Magnificat (Luc 1, 46-55), est un chant de guerre; c'est le chant du combat de Dieu engagé dans l'histoire humaine, combat pour l'instauration de relations égalitaires, de respect profond pour chaque être en qui habite la divinité… Le chant de Marie est le "programme du Règne de Dieu", tout comme celui que Jésus a lu dans la synagogue (Luc 4,16-21). L'accouchement de Marie possède une signification collective dans laquelle nous sommes tous impliqués… Il s'agit de la naissance de Dieu dans l'humanité (Gebara et Lucchetti, " Maria" dans Mysterium Liberationis,TI, p. 607).
La Charte mondiale des femmes pour l'humanité est comme une version séculière du Magnificat des femmes d'aujourd'hui qui dénoncent et qui annoncent : Nous formons plus de la moitié de l'humanité. Nous donnons la vie, travaillons, aimons, créons, militons, nous distrayons... Par cette Charte mondiale des femmes pour l'humanité et par les actions à venir, nous affirmons qu'un autre monde est possible, un monde rempli d'espoir, de vie, où il fait bon vivre et nous déclarons notre amour à ce monde, à sa diversité et à sa beauté (Charte mondiale des femmes pour l'humanité).
Oeuvrer dans les mouvements prophétiques
À la suite de Marie, notre action et notre prière doivent se situer dans les grands chantiers actuels de l'Esprit Saint. Où les promesses du Magnificat sont-elles en train d'arriver? Nous devons ouvrir les yeux comme Marie pour voir la réalisation du Magnificat. Chaque pays, chaque village doit aussi trouver sa façon de faire arriver dans les faits le Magnificat. Des actions sont déjà en marche. Ces nouveaux mouvements proclament que la situation d'inégalité est inacceptable et qu'un nouveau monde est possible.
Comme Marie, célébrer le présent
Comme Marie, nous devons proposer des alternatives d'espoir à notre temps. Cet engagement à la suite de Marie comporte des exigences d'incarnation, d'information, d'analyse et de solidarité. Les gens qui ont assassiné Jésus se prétendaient de bons pratiquants et de grands priants, mais ils sont passés à côté de l'essentiel de l'Évangile. Nous devons accepter les conséquences sociales, affectives, économiques et politiques de notre choix de suivre Jésus jusqu'au bout, à contre-courant.